Primé au Festival de San Sebastian, en lice pour l’Oscar du meilleur film international, Belén est au programme cette semaine au Festival Black Movie. Ce long métrage réalisé par l’Argentine Dolores Fonzi (qu’on connaît en tant qu’actrice notamment dans Paulina de Santiago Mitre) raconte un fait divers dans lequel une femme qui a perdu son enfant est accusée d’avoir provoqué son avortement. La cinéaste semble avoir trouvé la formule d’un cinéma populaire qui ne cède pas à la facilité. Le résultat est un film à suspens porté par un sacré savoir-faire. Dolores Fonzi est notre invitée.
Dans quelle mesure votre expérience en tant qu’actrice vous a servi pour réaliser Belén ?
Je pense qu’un acteur ou une actrice qui réalise a une vision complète de ce dont une scène a besoin et de ce qu’un•e interprète doit apporter. Quand je joue avec mes partenaires, je sens que je peux demander des choses que je comprends dans mon propre corps. C’est une recommandation que je ferais : que chaque cinéaste apprenne un peu le jeu d’acteur.

Comment avez-vous travaillé avec votre directeur de la photographie Javier Julia sur le style visuel de votre film ?
C’est le deuxième film que je fais avec Javier Julia, donc nous nous connaissons bien. Nous avons travaillé avec des références, des concepts visuels et esthétiques tirés d’autres films, mais nous avons aussi fait des tests de caméra, joué avec les objectifs, et vraiment tout exploré ensemble. Nous avons beaucoup travaillé ensemble. Nous avons eu de nombreuses réunions pour parler du concept, en particulier de cette idée esthétique du monde intérieur de la prison en opposition au monde extérieur du mouvement des femmes. Il était important de vraiment montrer deux sentiments très différents : le mouvement vital de l’extérieur et la sensation calme et terrifiante d’être enfermée.
En adaptant un tel fait réel, quelles questions se sont posées durant le processus d’écriture avec vos co-scénaristes ?
Écrire un scénario sur une affaire réelle présente l’avantage de ne pas avoir à inventer l’histoire, il faut respecter les événements tels qu’ils se sont déroulés. En même temps, le défi est de le rendre cinégénique, de créer une expérience cinématographique prenante. Mais c’est aussi utile parce que les événements réels vous fournissent un guide solide pendant l’écriture.

Belén est sorti il y a quelques mois en Argentine. Comment cette histoire, qui n’est pas si lointaine, a-t-elle été reçue dans l’Argentine d’aujourd’hui ?
Le mot que nous avons entendu le plus était « merci ». Les gens étaient vraiment reconnaissants que nous ayons réalisé ce film. Il semble que ce soit un film très important pour aujourd’hui, nécessaire. Pour moi, c’était comme une bouffée d’air frais, confirmant que lorsque nous avançons ensemble par l’union et le travail collectif, cela peut avoir des résultats, et de bons résultats, dans ce cas.
Les gens en Argentine étaient très reconnaissants et enthousiastes de se voir reflétés dans un film qui raconte une histoire réelle pas si lointaine. C’est inhabituel, car nous sommes plutôt habitués aux films qui parlent de choses datant de très longtemps. Lorsqu’on réalise un portrait d’une histoire récente, les personnes qui en ont fait partie, ainsi que le pays où elle est encore très présente, ont le sentiment d’appartenir à l’histoire, à l’histoire d’un pays.
Qui sont vos cinéastes de prédilection et/ou qui vous inspirent ?
Il y a beaucoup de cinéastes que j’adore mais j’admire particulièrement Paul Thomas Anderson et sa filmographie en ce moment. Et Agnès Varda est ma réalisatrice préférée de tous les temps.
Entretien réalisé le 12 janvier 2026 par Nicolas Bardot. Un grand merci à Ronit Vanderlinden. Crédit portrait : Ulises Proust.
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