Festival de Varsovie | Critique : Y

La grand-mère d’Olga, avocate de renom, révèle sur son lit de mort que les adoptions qu’elle a gérées après la Révolution roumaine sont truffées de lacunes et que le sort de nombreux enfants est inconnu. Olga décide de mener son enquête, contre l’avis du reste de la famille. 

Y
Roumanie, 2025
D’Alexandru Baciu et Maria Popistasu

Durée : 1h38

Sortie : –

Note :

SUPER CLUEDO

Qu’on est bien reçu chez mamie. Tout est à sa place dans le salon élégamment décoré et aucune animosité grave ne vient ternir le déjeuner dominical. Et quand mamie a besoin d’un peu de repos après toute cette agitation, elle peut tout à fait s’allonger sur ses petits enfants pour que ces derniers lui massent les pieds avec la plus grande normalité. Rien ne cloche en apparence, mais la caméra têtue nous demande pourtant de bien regarder tout cela en face. Y n’est en effet composé que de plans entièrement fixes qui nous invitent à scruter ces dynamiques familiales avec attention.

Cela pourrait être théâtral, d’autant plus que Y est très chargé en dialogues, mais les cinéastes Alexandru Baciu et Maria Popistasu ont un truc pour déjouer la rigidité qui les guette, ou du moins pour la rééquilibrer. Alors que presque tout le récit se déroule dans des lieux domestiques et/ou anonymes, chaque composition est en effet un plaisir pour l’œil. Sens du détail, direction artistique fine, couleurs à la chaleur inattendues dans ce type de récits roumains… tout cela concourt à faire de chaque plan une mini chasse au trésor à la recherche du détail révélateur qui mettra le feu aux poudres et révèlera le lourd secret du passé de mamie. Face à certaines scènes, on se croirait presque sur le plateau de Super Cluedo.

Alexandru Baciu et Maria Popistasu ne sont pas des inconnus dans le paysage du cinéma roumain contemporain et ils partagent un même cinéaste dans leur filmographie : Radu Muntean. Baciu a en effet coscénarisé la majorité des longs métrages de ce dernier tels Mardi après Noël, L’Étage du dessous, Alice T, Intregalde… films dans lesquels Popistasu était à chaque fois interprète. Il serait réducteur de dire que le résultat ne ressemble qu’à un film de Muntean, car le film possède sa propre personnalité. En dépit de son thème grave (le scandale des adoptions sous Ceaușescu), Y ne ressemble en effet jamais vraiment à un simple film à sujet. Ce que partagent bel et bien ces trois cinéastes, c’est un équilibre efficace entre la stricte rigueur du verbe et le chaleureux frisson du suspens. Le long métrage vient de faire sa première mondiale en compétition au festival de Varsovie.

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par Gregory Coutaut

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