Née en Thaïlande au sein de la secte Enfants de Dieu, un culte international comptant des dizaines de milliers de membres dans le monde et tristement célèbre pour les abus sexuels et les manipulations qui y ont lieu, Alba Zari ne se souvient pas de son enfance. Elle se plonge dans les conséquences douloureuses de l’endoctrinement.
White Lies
Italie, 2025
De Alba Zari
Durée : 1h39
Sortie : –
Note : ![]()
AU CŒUR DU MENSONGE
L’enquête familiale est un genre de documentaires très représenté qu’on peut trouver en multiples exemplaires dans chaque festival – mais tous n’ont pas une histoire aussi hors du commun que White Lies, montré au Festival de Rotterdam. En effet, la réalisatrice italienne Alba Zari est née en Thaïlande, au sein de la secte Enfants de Dieu. Au sordide programme de ce groupe sectaire : prostitution, inceste et pédophilie. La mémoire de la réalisatrice est très parcellaire, et la jeune femme interroge aujourd’hui sa mère et sa grand-mère qui ont vécu elles aussi dans la secte.
Il est question, à un moment de White Lies, des « meilleurs souvenirs en Thaïlande ». Le documentaire utilise comme on peut s’y attendre des films familiaux. Mais sur ces films il y a un mystère : qui est le véritable père d’Alba Zari ? Les photos souvenirs ont désormais une silhouette manquante, et l’arbre familial semble soumis à de douloureux non-dits. La grand-mère et la mère sont chacune marquées très différemment par cette expérience : la première est une flamboyante mamie qui paraît survivre par le déni, la seconde semble ostensiblement écrasée par le traumatisme.
L’histoire et ses mensonges : voilà les nœuds que Zari essaie de démêler. Les mensonges des albums familiaux, les mensonges également qui dans la secte cachent des manipulations abjectes. La cinéaste parvient à confronter sa grand-mère à des questions inconfortables. C’est « comme si le diable était entré dans cette famille ». Cette famille, qu’est-ce qui la définit, et qu’est-ce qui aujourd’hui la redéfinit ? Comment le vide, comme évoqué dans le film, façonne l’identité, comment l’absence peut être une lourde présence ? Alba Zari ouvre d’intéressants champs de discussion dans ce documentaire qui évite le sensationnalisme.
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par Nicolas Bardot
