Qihuo a un secret : elle vient d’avoir ses premières menstruations. Cela marque l’arrivée de la cérémonie du « changement de jupe », un rituel traditionnel de passage à l’âge adulte, qui signifie qu’elle n’est plus une enfant, mais une femme liée aux exigences communautaires du mariage et du travail.
Whispers in May
Hong-Kong, 2026
De Dongnan Chen
Durée : 1h35
Sortie : –
Note : ![]()
LE GRONDEMENT DE LA MONTAGNE
C’est le quotidien simple d’une adolescente que l’on peut voir dans Whispers in May. La nature, dans cette région montagneuse et isolée au cœur de la Chine, est spectaculaire. Les jours, eux, sont un peu plus banals pour Qihuo (14 ans) et ses amies. Il y a bien les rires lorsque les filles se courent après dans l’épaisse végétation, il y a le frisson de pénétrer la nuit dans un grand bâtiment vraisemblablement abandonné, il y a plein de jeux et de discussions d’enfants. Et puis Qihuo a ses premières règles, ce qui signifie que l’adolescente n’est plus complètement une enfant.
A vrai dire, le quotidien de Qihuo ne ressemble déjà plus vraiment à celui d’une enfant comme les autres. Sa mère n’apparaît jamais à l’image, on n’entend que la voix de cette dernière au téléphone, elle qui est partie au loin pour travailler. Qihuo doit se débrouiller, et quand elle n’a plus à manger, sa mère lui rétorque… de bien penser à se coiffer correctement. Sans parents à l’image, le film laisse une place aussi généreuse que chaleureuse à l’amitié et ici l’amitié féminine. Dans ce monde qui ne fait pas de cadeau, les filles conservent entre elles leur part d’enfance. La réalisatrice chinoise Dongnan Chen commente : « il ne s’agit pas de devenir, mais d’être autorisée à rester dans l’enfance et à demeurer dans cet espace fragile tandis que la vie continue avec toute sa cruauté et sa beauté ».
Et la vie continue donc, même si elle semble obéir à des cycles qui ne laissent que peu de place aux aspirations personnelles. Selon les règles de la communauté, qui dit menstruations dit âge adulte, qui dit âge adulte dit mariage, et l’on songe, dès le plus jeune âge, à ce en quoi on se transformera une fois mortes. Voilà ce que les jeunes filles pensent, voilà ce qu’on leur enseigne, voilà même ce que leur assure un voyant. Mais dans la brume de tous les jours qui tombe sur les montagnes, il y a peut-être davantage de mystères et d’imprévus.
Dévoilé en compétition au Festival CPH:DOX, le long métrage est rythmé par des contes qui apparaissent à l’écran, et qui semblent fonctionner comme des reflets cassés, des analogies plus ou moins proches : des histoires de familles, de sœurs, confrontées à des créatures effrayantes. Des contes violents et sauvages comme autant de récits initiatiques pour préparer les gamines à la vie, tandis qu’un vieux bonhomme rencontré lors de leurs pérégrinations leur parle des monstres qui habiteraient les bois. Le film est rehaussé par le regard très délicat et la beauté de la mise en scène de Dongnan Chen.
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par Nicolas Bardot
