Berlinale | Critique : What Will I Become?

Les portraits entremêlés de deux jeunes garçons trans qui se sont suicidés, et de leur communauté transmasculine.

What Will I Become ?
Etats-Unis, 2026
De Lexie Bean et Logan Rozos

Durée : 1h26

Sortie : –

Note :

À L’AVENIR

Generation, la section de la Berlinale dédiée aux jeunes publics (ici un public adolescent plutôt qu’enfantin) a le chic pour présenter à ses jeunes spectatrices et spectateurs des films qui ne les prennent pas pour des idiots. Quand le sujet d’un des films est difficile, comme c’est le cas ici, la séance est même précédée d’un rappel bienveillant à la possibilité de quitter la salle et d’aller parler à quelqu’un si besoin. Cela pourrait avoir l’air d’un détail ou d’une précaution superflue, mais cela correspond pleinement à la démarche du documentaire What Will I Become ?, l’une des œuvres les plus chaleureuses de cette édition.

Le suicide est pourtant au cœur du film. En guise point de départ, une terrible statistique : 50% des jeunes hommes trans aux Etats-Unis ont déjà essayé de se suicider. Les deux coréalisateurs Lexie Bean et Logan Rozos, eux-mêmes trans et ayant tenté de se suicider, proposent non pas une enquête sociologique mais un hommage à deux garçons trans décédés, et une invitation à envisager une manière commune d’aller de l’avant. « En tant que communauté, que pouvons-nous faire pour réparer notre cœur brisé ? » : le vaste questionnement débute à une échelle intime, presque privée, alors que les deux cinéastes se filment discutant dans un cocon, un tipi de fortune fait avec des draps de chambre d’enfant.

Projet personnel et collectif à la fois, What Will I Become ? commence comme un film à quatre voix : celles des cinéastes laissent progressivement la place à celles des deux jeunes victimes (aux profils très différents) via des vidéos postées sur leurs réseaux sociaux ou des illustrations en papiers découpés dont la candeur et la simplicité tranchent avec la noirceur des destins évoqués. Puis, le doc accueille peu à peu d’autres voix : celles des parents des victimes, celles de leurs coachs et profs, mais surtout celle d’une communauté transmasculine, locale ou internationale, composant un cercle chaleureux de plus en plus grand autour de ses protagonistes, un safe space sans frontière.

Il serait absurde de reprocher à ce film fait main (avec un budget qu’on devine tout petit) sa forme plutôt modeste. Celle-ci est contrebalancée par une bienveillance qui n’a rien de mièvre. Dans une scène, l’un des réalisateur interrompt l’entretien du père d’une des victimes au moment où celui-ci fond en larmes, et lui propose un câlin. Cette invitation à embrasser la vulnérabilité masculine offre plus qu’une alternative aux impasses du masculinisme : une guérison. Film sur la communauté, fait par la communauté et pour la communauté, What Will I Become ? offre une très précieuse étreinte, et ce genre de câlin peut être une question de survie.

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par Gregory Coutaut

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