Le film met en lumière des femmes ukrainiennes qui, après avoir survécu à des violences sexuelles et à des tortures liées au conflit durant la guerre d’agression russe, refusent de rester silencieuses.
Traces
Ukraine, 2026
De Alisa Kovalenko & Marysia Nikitiuk
Durée : 1h25
Sortie : –
Note : ![]()
MARQUES ROUGES
Dans son puissant ouvrage Deux fois dans le même fleuve : La guerre de Poutine contre les femmes paru chez nous en 2023, l’autrice finlandaise Sofi Oksanen aborde entre autres l’usage effroyable de la violence sexuelle dans le cadre de la guerre menée par la Russie en Ukraine. Les cinéastes ukrainiennes Alisa Kovalenko et Marysia Nikitiuk proposent également une glaçante étude avec Traces, un documentaire présenté en première mondiale au Panorama de la Berlinale. On a pu découvrir Nikitiuk avec l’onirique et formidable When the Trees Fall (qui était un film de fiction), tandis que Kovalenko a signé plus récemment My Dear Théo, documentaire montré notamment en début d’année au Fipadoc. Kovalenko racontait le quotidien sur le front d’une mère ukrainienne et soldate. Traces offre en quelque sorte le contrechamp de son précédent doc : c’est l’histoire de civiles, victimes de la guerre dans le pays.
Traces recueille différents témoignages de femmes victimes de violences sexuelles de la part de soldats russes, de 2014 avec la guerre du Donbass à la guerre actuelle. Des récits éprouvants de viols, de tortures et d’humiliation, mais des récits de survivantes. L’une témoigne tandis qu’à l’image on peut la voir jardiner ; les lieux filmés sont souvent solitaires ou dépourvus humains : des plans de nature, une école abandonnée. On met avant tous les voix en valeur et la litanie des horreurs énumérées. C’est là une haine complètement irrationnelle qui est contée, celles de jeunes hommes agressant des femmes qui pourraient être leur mère ou leur grand-mère – et ces crimes sexuels sont des crimes de guerre.
Traces est comme coupé en deux. D’une part, les différents témoignages et les différentes solitudes de protagonistes. Puis, dans la deuxième moitié du film, c’est l’action collective qui est à l’image. Celle de survivantes qui se réunissent et manifestent, qui relaient les voix des absentes, des femmes emprisonnées. Par leur action commune, ces femmes mettent un nom sur les violences qu’elles ont subies – une première étape pour avancer. Traces examine le trauma, la manière dont la santé mentale est affectée ; les blessures qui sont parfois invisible à l’œil nu. A travers ce documentaire de facture classique, Kovalenko et Nikitiuk transmettent l’importance de la prise de conscience collective. Traces s’ouvre par un mauvais rêve, ouvre en fin de film un rêve porteur d’espoir. Une poignante étreinte entre deux femmes âgées a lieu, tandis qu’on entend ces paroles : « Si je reste malheureuse ou brisée, c’est comme s’ils avaient gagné ».
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par Nicolas Bardot
