Festival de Sundance | Critique : TheyDream

Après 20 ans à documenter sa famille portoricaine, un réalisateur et sa mère font face à des pertes dévastatrices. Entre larmes et rires, ils créent des animations qui font revivre leurs proches, découvrant que chaque acte de création est aussi un acte de lâcher prise. 

TheyDream
Etats-Unis, 2025
De William David Caballero

Durée : 1h31

Sortie : –

Note :

MA QUÊTE

A quel moment le cinéaste américain William David Caballero a-t-il décidé de faire un film sur sa famille ? La question ne se pose pas uniquement parce qu’il adapte ici en format long son propre court métrage documentaire Chilly and Milly (déjà présenté à Sundance en 2022). Elle se pose aussi car à l’origine de ce récit familial, il y a des enregistrements faits par Caballero alors qu’il était encore enfant : des cassettes audio où l’on entend sa voix, celle de sa mère et celles d’autres membres de la famille aujourd’hui disparus. Certains de ces enregistrements sont ici dévoilés tels quels, mais comme le dit le cinéaste lui-même : « quand j’écoute ces cassettes, je n’ai aucun souvenirs de ces moments-là ». Alors en ce qui concerne tous les moments plus marquants, plus traumatisant ou plus révélateurs, pour tous les souvenirs qui le travaillent encore, Caballero se livre à un étonnant travail de reconstitution.

Il y a d’abord ces maquettes très colorées qui représentant le domicile familial, où chaque membre du foyer est représenté par une figurine, presque un santon. Ces dernières restent parfois figées, et parfois se retrouvent animées dans des séquences passant du stop motion à la 3D en passant par l’animation traditionnelle ou encore ce qui ressemble à d’improbables filtres Instagram. Cette mosaïque offre au film un dynamisme certain, même si ces scènes n’échappent pas toujours à une poésie un peu naïve (les parents deviennent des super héros du quotidien et un chien se transforme en ange). Plus tordues et inattendues, certaines séquences aux multiples niveaux de lecture voient Caballero, 39 ans, interpréter son propre père alors âgé de 25 ans, allant jusqu’à réciter dans une sorte de lipsync les jeux de rôles enfantins auxquels ils se livraient alors.

Pourquoi Caballero a-t-il souhaité faire un tel film sur sa famille ? « Je fais des miniatures pour enfin contrôler ce que je ne pouvais contrôler enfant », explique-t-il avec une vulnérabilité touchante. Les coups durs et les traumas demeurent plus ou moins sous entendus (notamment lors d’un dialogue de sourd homophobe avec papa), mais TheyDream s’intéresse autant à ceux qui restent qu’aux absents : c’est en effet avec le concours actif de sa propre mère que le cinéaste reprend ainsi le contrôle narratif de leur vie de famille passée, et la maison de poupée devient alors le lieu d’une thérapie familiale. TheyDream s’avère répétitif sur la longueur, mais l’appétit de Caballero pour une animation ludique lui apporte suffisamment de relief pour tenir jusqu’à un dénouement particulièrement poignant.

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par Gregory Coutaut

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