Critique : The Ugly Stepsister

Dans un royaume où la beauté règne en maître, la jeune Elvira doit faire face à une redoutable concurrence pour espérer conquérir le cœur du prince. Parmi les nombreuses prétendantes, se trouve notamment sa demi-sœur, à l’insolente beauté. Pour parvenir à ses fins dans cette impitoyable course au physique parfait, Elvira devra recourir aux méthodes les plus extrêmes…

The Ugly Stepsister
Norvège, 2025
De Emilie Blichfeldt

Durée : 1h45

Sortie : 02/07/2025

Note :

BELLE, C’EST UN MOT QU’ON DIRAIT INVENTÉ POUR ELLE

C’est un conte qui débute dans un nuage rose tandis que la typographie à la Sofia Coppola qui apparaît à l’écran est délicieuse. C’est un conte, mais noir comme peut l’être un conte, cruel et grotesque aussi. Repéré en début d’année à la fois à Sundance et à la Berlinale, The Ugly Stepsister est le premier long métrage de la Norvégienne Emilie Blichfeldt. Inspiré de Cendrillon (mais une Cendrillon à l’heure de The Substance), The Ugly Stepsister est un récit d’apprentissage acidulé mais aussi une farce féroce. L’apprentissage de la beauté n’est pas seulement une question de doux beauty blenders ou d’élégants flacons de parfum : c’est un rituel brutal et le rose bonbon peut rapidement virer au rouge sang.

« Il faut souffrir pour être belle » : ce mantra est prononcé dans The Ugly Stepsister dont l’héroïne est jugée pas assez belle et bonne à reconstruire ; un terrain d’expérimentations en tous genres pour apprentis sorciers et vrais tortionnaires. « Il faut souffrir pour être belle » : derrière la phrase toute faite, une doctrine misogyne. A travers les codes du conte, à travers l’initiation de sa pauvre héroïne, Emilie Blichfeldt raconte la violence des standards de beauté imposés aux jeunes filles. Elle en souligne la monstruosité et comment les filles en sont victimes malgré elles : wannabe princesse, Elvira avec son masque nasal finit plutôt par ressembler à Hannibal Lecter. Celle-ci est interprétée de manière convaincante par Lea Myren dont les grands yeux sont faits pour les films d’horreur.

Avec cette histoire qui ne ménage absolument pas ses personnages, The Ugly Stepsister courait le risque de tourner au freakshow et perdre de vue son propos et ses protagonistes. Le miroir déformant du grotesque ne nous éloigne pourtant pas de la dimension pathétique de l’héroïne et de son sort – on est bien plus avec elle qu’on ne rit d’elle. Blichfeldt trouve la bonne perspective, notamment avec ce décor d’école de bonnes manières pour jeunes filles qui constitue un cadre bien vu de récit horrifique. Le film, à nos yeux, souffre néanmoins de problèmes d’écriture, qu’il s’agisse de son rythme sur près de deux heures et les revirements arbitraires de certains personnages secondaires. Mais le ton gonflé, la direction artistique soignée et la remarquable photo (signée Marcel Zyskind, dont on avait déjà pu apprécier le travail sur La Dernière nuit de Lise Broholm) font de The Ugly Stepsister une drôle d’expérience.

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par Nicolas Bardot

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