Berlinale | Critique : The Blood Countess

Inspiré de la légende de la comtesse hongroise Elizabeth Báthory qui se réveille d’un long sommeil et émerge du monde souterrain. Accompagnée de sa fidèle servante, elle entreprend un voyage à travers Vienne à la recherche de l’insaisissable élixir de vie.

The Blood Countess
Autriche, 2026
D’Ulrike Ottinger

Durée : 1h59

Sortie : –

Note :

SANG CONTREFAÇON

« Les cruels nous intéressent bien plus que les vertueux » : cette réplique prononcée dans The Blood Countess tombe à point nommé dans un film très (très) librement inspiré par Erzsébet Báthory, la comtesse hongroise qui dit-on se baignait dans le sang des vierges. Celle-ci, sous l’œil malicieux de l’Allemande Ulrike Ottinger, est transformée en vampire – et pas un vampire métaphorique : une créature avec de vrais crocs pointus. A l’écran on pousse des cris lorsque de pauvres victimes sont retrouvées avec deux marques rouges dans le cou, mais finalement rien n’est si sérieux dans The Blood Countess dont la course-poursuite un peu fantasque a un esprit proche de la bande dessinée belge.

The Blood Countess est dédié à l’adoration totale de son actrice et icône : Isabelle Huppert. Elle compose une héroïne hors norme et plus grande que nature sous la direction d’Ottinger dont l’art du grotesque et du camp fait merveille. Camp majuscule jusqu’au drag, qui provoque un frisson homosexuel dès la première seconde. Huppert vampire toisant dans son carrosse, faisant du cruising en fourrure, suant aux bains turcs, mangeant du boudin en luxueuse robe de chambre et bonnet de nuit à rubis ? La persona Huppert entre à merveille dans cette maison de poupée camp et macabre, l’actrice y baguenaude à cœur joie et son plaisir de jouer est communicatif.

Autour d’elle, Ottinger a réuni toute une dream team avec en tête Birgit Minichmayr, absolument géniale en assistante gothique – il fallait quelqu’un de son calibre pour partager les scènes d’Isabelle Huppert et Minichmayr confirme ici qu’elle est l’une des meilleures actrices du monde. Huppert et Minichmayr construisent la meilleure interaction vampire depuis Catherine Deneuve et Susan Sarandon dans Les Prédateurs. Entre autres très bonne idées (comme l’utilisation multiple de Thomas Neuwirth/Conchita Wurst), The Blood Countess propose un récit foutraque mais voilà qui ajoute à son côté lunaire. Il y a des approximations de rythme, mais personne ne vient voir un film d’Ulrike Ottinger pour ses angles droits. Cela n’empêche pas le long métrage de proposer une vision artistique totale et ambitieuse avec la création de tout un monde à la fois hétérogène et cohérent, où les différents tableaux mettent en valeur le soin apporté aux costumes et aux décors.

The Blood Countess est une joyeuse chasse au trésor, mais à la fois par son ton et son personnage principal, le film peut ressembler à un autoportrait ludique d’Ottinger. « Que restera t-il de nous si on n’élève pas des monuments à nous-mêmes ? », entend-on dans le long métrage. Cette comtesse éternelle qui apparaît à la proue de son propre flamboyant bateau, cette comète ricanante qui n’en fait qu’à sa tête et n’obéit qu’à ses propres règles, voici qui ressemble en tout cas étrangement à Ulrike Ottinger et à son cinéma frondeur qui trouve dans ce spectacle de fête foraine sa meilleure expression.

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par Nicolas Bardot

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