Une journaliste ayant fui son père violent découvre que ce dernier est devenu victime d’exploitation sur son lieu de travail. Lorsqu’elle accepte de l’aider à dénoncer l’injustice, cela rouvre les blessures de leur passé.
Tata
Roumanie, 2024
De Lina Vdovii et Radu Ciorniciuc
Durée : 1h22
Sortie : –
Note : ![]()
UNE HISTOIRE DE VIOLENCE
Radu Ciorniciuc, coréalisateur de Tata, n’est pas un inconnu puisqu’il s’était fait repérer avec le chaleureux documentaire Acasa, My Home qui avait beaucoup tourné en festivals il y a cinq ans. Dans ce documentaire intime et familial, il est pourtant quasiment absent, à peine peut-on apercevoir son reflet à la volée ou capter brièvement le son de sa voix. Face à la situation qu’il participe à filmer, il y aurait effectivement de quoi se sentir en trop si l’on était à sa place. Tata parle en effet de la relation complexe qui unit à son propre père Lina Vdovii, coréalisatrice du film et accessoirement épouse de Ciorniciuc.
Il y aurait pourtant toute la place de s’immiscer dans cette relation vu la distance que Vdovii a mise entre son père et elle. Ce n’est pas uniquement dû au fait que plusieurs pays européens les séparent (tous deux sont moldaves, mais l’une réside en Roumanie tandis que l’autre est parti refaire sa vie en Italie) : quand la caméra filme leurs premières retrouvailles après des années de séparation, le langage corporel figé à l’extrême de Vdovii en dit long sur le ressentiment et la peur qui l’habitent. Tata, dont le titre signifie tout simplement papa, débute par un vieux film de famille où le père est justement absent. Sur ces images, les filles ont le sourire aux lèvres, mais la voix off nous prévient : la famille ne s’est jamais sentie aussi apaisée que quand papa a foutu le camp pour de bon.
Papa se rendait régulièrement coupable de violence physique. Aujourd’hui, c’est lui qui en est victime. L’origine de ce documentaire se trouve dans un appel au secours lancé à sa fille, devenue journaliste et documentariste, afin qu’il l’aide à se sortir d’une situation brutale d’humiliation au travail. Or, si cette dernière accepte de venir l’aider, cette inversion des rôles ne donne pas lieu à une réconciliation trop facile, ça non. Le père refuse toujours de voir la réalité en face, et la fille fait au contraire preuve d’une honnêteté intellectuelle presque impudique, avouant s’être elle-même rendue coupable de violence conjugale envers son ex mari.
La parade à ce cycle infernal ? Régler le litige de papa et mener une enquête sur l’origine de cette violence héréditaire qui traverse toute leur famille depuis des générations. Le couple de cinéastes va donc remonter ensemble le fil généalogique à coups d’entretiens, d’archives et de révélations à la fois sombres et pathétiques. La réussite de Tata est de parvenir à aborder un sujet malaisant et à briser ce tabou familial tout est restant très facile d’accès et même bienveillant, mettant l’accent sur la vertu thérapeutique du dialogue.
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par Gregory Coutaut
