Festival Black Movie | Critique : Tales of the Wounded Land

Chroniques intimistes de la guerre qui a ravagé le Sud-Liban pendant un an et demi, ce film saisit le quotidien de celles et ceux pris dans la tourmente. À travers les voix de proches, d’ami·e·s et de voisin·e·s, il témoigne des pertes, des déplacements, et des efforts fragiles pour guérir, se reconstruire et préserver sa dignité dans les décombres de la destruction.

Tales of the Wounded Land
Liban, 2025
De Abbas Fahdel

Durée : 2h00

Sortie : –

Note :

TERRE BRÛLÉE

Des ruines et encore des ruines : Tales of the Wounded Land, documentaire lauréat du prix de la mise en scène au Festival de Locarno, s’ouvre par une vue aérienne montrant les ravages causés par Israël au Sud-Liban. Pendant de longues minutes, la caméra du cinéaste franco-irakien Abbas Fahdel, basé au Liban, filme d’innombrables constructions désormais au sol, tandis que parmi les débris, des humains portent des cercueils. Nous sommes en février 2025, trois mois après le cessez-le-feu. Le film remonte ensuite le temps de quelques mois, et filme une fillette dans la ville. Elle marche insouciante parmi les fleurs mais son quotidien n’est pas tout à fait comme les autres : très vite, on entend d’importantes déflagrations. « Boum ! » commente-t-elle, « boum ! » répète-t-elle encore comme si c’était un jeu.

De manière glaçante, les nuages géants de fumée sont accompagnés de cris d’enfant. Les murs tremblent, et le split-screen suggère le désastre qui s’abat sur les villes. Un chaos géant, puis les lendemains. On se félicite d’être vivant (« son frère a été tué », commente-t-on après avoir salué une connaissance dans la rue). Abbas Fahdel filme la brutalité de la guerre, mais aussi le quotidien sonné qui reprend. La plaie est néanmoins ouverte : « je ne peux pas décrire mes sentiments » dit un homme qui a perdu sa maison et, pire encore à ses yeux, la pharmacie dans laquelle il travaillait. « Tout dépasse ma capacité à comprendre », affirme plus tard une femme. Pendant ce temps, la ville est traversée en voiture, et l’on assiste à la litanie des lieux pulvérisés par l’armée israélienne.

Dans une fête foraine saccagée, les couleurs chatoyantes se mêlent à la désolation. Abbas Fahdel dépeint la reconstruction de cette terre blessée, mais il est de choses qui ne guérissent pas. « Les ruines se dressent comme des fantômes, témoins silencieux de ce que la ville était autrefois : un refuge, un cœur battant, une scène de la vie », lit-on dans Tales of the Wounded Land. Il y a les morts tragiques, il y a aussi les souvenirs et la mémoire effacés à chaque coin de rue bombardée. Dans ce puissant témoignage, parmi les chats qui se promènent, Abbas Fahdel raconte l’espoir fragile auquel chacune et chacun tient, craignant le retour d’un chaos venu du ciel.

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par Nicolas Bardot

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