Berlinale | Critique : Soumsoum, la nuit des astres

Dans un village isolé du Tchad, Kellou est traversée par des visions qu’elle ne comprend pas. Grâce à sa rencontre avec Aya, une exilée aux secrets douloureux, elle va découvrir une autre façon de regarder son passé, ses rêves et son village. Mais en prenant la défense d’Aya, que le chef du village tente de chasser, elle se heurte à la peur et à la colère des habitants, et devra se battre pour garder sa liberté.

Soumsoum, la nuit des astres
Tchad, 2026
De Mahamat Saleh-Haroun

Durée : 1h41

Sortie : 22/04/2026

Note :

WALKABOUT

Le nouveau film de Mahamat Saleh-Haroun s’ouvre moins par la nuit des astres attendue que par une nuit désastre. Une nuit de tempête, un orage laissé hors champ mais dont le tumulte recouvre l’écran noir qui fait office d’ouverture. Un orage tel que les anciens en ont peu connu, si immense que pour les habitants « une partie de notre mémoire a disparu ». Un cataclysme qui ne peut signifier qu’une chose : le village est maudit et c’est forcément la faute d’une femme, bien évidement. La coupable est toute trouvée : Aya, une mystérieuse femme venue d’ailleurs et qui a tout l’air d’une sorcière. L’héroïne de Soumsoum, la nuit des astres n’est pas Aya mais Kellou, jeune femme qui se découvre un don surnaturel, des visions qu’elle ne comprend pas et dont nul ne veut entendre parler. Nul hormis Aya. Tout ce que Kellou n’a jamais pu apprendre auprès des hommes qui régissent sa vie et son village, elle va alors l’apprendre en cachette auprès de cette supposée sorcière.

Le cinéaste tchadien Mahamat Saleh-Haroun laisse plutôt de côté le réalisme social dont la fine observation avait fait le sel de ses meilleurs films (Daratt saison sèche, Un homme qui crie) pour un ton qui surprend au sein de son œuvre en proie au réel. Sélectionné en compétition à la Berlinale, Soumsoum, la nuit des astres est en effet un conte fait de légendes à respecter et de superstitions à déconstruire, un conte qui assume autant la candeur propre au genre que sa volonté de laisser de la place au merveilleux et à l’invisible. Mais il s’agit aussi d’un drame féminin dont la sobriété vient, dans un équilibre sérieux et élégant, désamorcer le tout-pittoresque.

Cette sobriété donne au film un rythme assez placide, et le jeu des interprètes n’est pas tout le temps débarrassé d’une certaine raideur, mais ces limites apportent à l’ensemble une certaine théâtralité qui sied bien à ce récit quasi mythologique. Soumsoum, la nuit des astres trouve son plus précieux relief dans sa dimension picturale. Autour de l’héroïne, le monde est soit plongé dans la nuit noire soit dans les chaleureuses teintes oranges et ocres de l’immensité rocailleuse alentours. Le réalisateur compose ici des plans superbes, tout en horizontalité et en lignes droites (celles des bâtiments, de l’horizon) qui, mises très en valeur par un format au scope immense, créent moins un labyrinthe autour de Kellou qu’un jeu de piste la guidant dans un autre monde que celui des hommes du village. Le récit d’apprentissage onirique de Kellou à la rencontre de ses ancêtres femmes (guérisseuses, accoucheuses et toutes les autres fausses sorcières) et sa connexion progressive avec un désert des origines régi par d’autres lois donne régulièrement le sentiment que le film se déroule moins sur le continent africain que dans le temps des rêves des aborigènes d’Australie. Dans ses séquences les plus réussies, Soumsoum, la nuit des astres offre ainsi le plus vertigineux des dépaysement.

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par Gregory Coutaut

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