Malgré les difficultés, Sana tente d’offrir à ses jumeaux des vacances de printemps. Comme son projet tombe à l’eau, elle décide avec eux de séjourner sur la côte d’Azur dans la villa luxueuse de son ex belle-famille. En cachette. Six jours de soleil qui marqueront la fin de l’insouciance.
Six jours, ce printemps-là
Belgique, 2025
De Joachim Lafosse
Durée : 1h34
Sortie : 12/11/2025
Note : ![]()
COMME SI DE RIEN N’ÉTAIT
Ce pourrait être des vacances de rêve, sous le soleil rayonnant et dans la mer turquoise de la Côte d’Azur. La villa familiale est tout à fait confortable – et Rihanna elle-même aurait une résidence secondaire dans le voisinage. Mais dans ce décor, Sana et ses deux fils jumeaux sont comme des intrus. Le film s’ouvre d’ailleurs sur le quotidien laborieux de Sana : le matin, le midi et le soir sont habilement évoqués en quelques plans, et son milieu social ne laisse pas deviner qu’elle puisse posséder une seconde maison, surtout pas une villa luxueuse. Mais pour les vacances de printemps, la famille (sans le père) se retrouve à passer quelques jours là-bas – et tout cela doit rester un secret.
Il y a tellement d’interdits lors de ce séjour que la famille semble entamer un jeu de rôles. Tout est un secret, mais paradoxalement, le film ne tire pas beaucoup de tension de cette situation. La caméra souvent proche des personnages suggère plus ou moins une pression, quelque chose dont on devrait se méfier dans le reste du cadre, ou hors du cadre, mais le film manque à notre sens de la rigueur et de la radicalité propres au minimalisme. Les scènes tendres de vacances s’enchaînent et sont rehaussées par l’interprétation (dont celle de Eye Haïdara dans le rôle principal), mais Six Jours, ce printemps-là nous semble trop longtemps inconséquent : ses non-dits ne produisent pas grand chose.
Le récit, peu à peu (et un peu tardivement), se déploie. Sa dernière partie est la meilleure, et parvient vraiment à donner corps aux thématiques cinglantes du film : sur le déclassement social, sur le sentiment d’appartenance et de légitimité, sur ce que les protagonistes peuvent ou ne peuvent pas s’autoriser. Par-dessus le doux cocon familial à l’image grandit l’ombre d’une famille absente, qui au mieux est au téléphone. C’est elle qui tire les cordons, c’est elle qui autorise ou non : peu importe la famille, peu importent les petits-fils – ce qui importe c’est la propriété et la toute-puissance du pognon de papy. Cette violence-là demeure en filigrane (la bourgeoisie ne hausse pas le ton), elle éclate un peu tard mais elle donne au film le relief qui lui manquait jusqu’ici.
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par Nicolas Bardot
