Critique : Send Help

Seuls rescapés d’un accident d’avion, Linda Liddle et Bradley Preston se retrouvent à présent coincés sur une île déserte. Pour ces deux collègues que tout oppose, l’heure est venue de surmonter les griefs du passé et de travailler ensemble pour tenter de s’en sortir. Sauf qu’en fin de compte la bataille pour la survie devient une épreuve de force, inquiétante et cruellement drôle, où chacun veut jouer au plus fin…

Send Help
États-Unis, 2026
De Sam Raimi

Durée : 1h54

Sortie : 11/02/2026

Note :

ONE WAY OR ANOTHER, I’M GONNA FIND YA

Send Help n’est pas à strictement parler un film d’horreur mais c’est, dans la filmographie de Sam Raimi, ce qui y ressemble le plus en pratiquement 20 ans et son jubilatoire Jusqu’en enfer. Ce nouveau long métrage est au croisement de la farce cinglante, du survival d’aventures, de l’horreur – et même de la screwball comedy. Le film débute dans un décor parfaitement banal mais au potentiel horrifique certain : le bureau d’une grande entreprise. L’héroïne a un nom qui la rapetisse (Linda Liddle), se berce de slogans de développement personnel et semble avoir pour seule confidente une belle perruche. Pour l’incarner, Rachel McAdams nous paraît être un choix peu judicieux et qui manque de banalité – le surjeu comique de l’actrice n’arrange rien.

Linda a beau être très douée dans son boulot, l’ascenseur social est bloqué, la méritocratie est un mythe, le népotisme règne, les bros ne soutiennent entre eux, bref : Linda vit bel et bien dans le même monde que nous. La jeune femme caractérisée par ses pulls moches et ses sandwiches qui puent n’a pas la carte pour rentrer dans le club des mecs qui ici, de Dylan O’Brien à Xavier Samuel, ressemblent à de glaçantes poupées vampires. L’horreur n’est pas officiellement à l’image mais elle est pourtant déjà là, comme elle surgissait dans le quotidien de la sage responsable de prêts bancaires dans Jusqu’en enfer.

Le film est dynamité par une scène très réussie qu’on vous laisse découvrir ; réussie à double titre : d’abord parce qu’elle est très spectaculaire, ensuite parce que le contraste brutal qu’elle crée avec la première partie du film est particulièrement efficace. Sans trop en dévoiler puisque ceci arrive très vite dans le long métrage : Send Help passe de la jungle de l’entreprise à la jungle tout court. Les protagonistes sont déplacés mais les dynamiques de domination se remettent vite en place. Le film se distingue par son goût pour le mauvais esprit, mais le scénario, à nos yeux, manque de fluidité : on a souvent l’impression d’assister à des blocs d’histoires déposés les uns à côté des autres plutôt qu’à une progression qui fonctionne. Il en va de même pour l’écriture des personnages, qui demande beaucoup de foi au public.

On peut néanmoins compter sur les idées du script et la personnalité de Sam Raimi pour proposer une cruauté cartoon qui fait mouche. Le jeu de massacre est parfois laborieux mais il a le mérite d’être généreux. Le dénouement donne du relief à la précieuse méchanceté de cette farce : personne n’a envie de voir une farce tiède sur l’enfer de l’entreprise ; et personne, dans cette machine à produire des monstres, n’en sort totalement indemne.

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par Nicolas Bardot

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