Festival de Rotterdam | Critique : Roid

Loin du village le plus proche, un couple vit dans une quasi-isolement : un homme timide et la femme qu’il a épousée. Parfois, elle ne peut pas contrôler ses émotions, et ses accès de colère deviennent une menace pour la vie de son mari.

Roid
Bangladesh, 2026
De Mejbaur Rahman Sumon

Durée : 1h49

Sortie : –

Note :

VIVE LA MARIÉE

La mariée est superbe, trônant fièrement sur son char – sa tenue est ravissante, son maquillage spectaculaire et le moment est à n’en pas douter idyllique. Mais très vite, dans cette excellente scène inaugurale de Roid, la digne épouse (very demure, very mindful) vitupère et se met à insulter les gamins qui la provoquent sur la route, jusqu’à leur cracher dessus. Ce contraste constitue un gag assez irrésistible et voilà une manière particulièrement marquante de débuter un film. Néanmoins, qu’est-ce qui se passe avec cette héroïne ? Le marié est félicité, on l’estime « chanceux d’avoir une belle épouse ». Mais assez rapidement, quelqu’un demande : « est-ce qu’elle va bien ? ».

Face à son comportement pour le moins erratique, il semble incontestable que l’épouse est porteuse d’un trouble qui reste indéterminé. Elle fait selon sa propre loi, dans un monde archicodé par les règles de société. Cette antihéroïne, dont on attend visiblement qu’elle soit une épouse parfaite – et donc obéissante – fait sauter à sa manière chaque cadenas qui se présente devant elle. Voilà, à notre sens, la bascule et le changement de point de vue qui s’opère peu à peu : la question n’est pas tant « est-ce qu’elle va bien ? », mais est-ce que la société dans laquelle elle vit, même en étant apparemment isolée du monde, va bien ? Est-ce que son mari Sadu, en apparence gentil et timide mais qui est le fruit d’une même société patriarcale, va bien lui aussi ? Lors d’une scène d’une cinglante brutalité, c’est son absence d’empathie à lui qui semble être un authentique signe de folie.

Dans Roid, on cherche à semer l’épouse gênante, mais ses retours ressemblent à la fois à un élément de comédie absurde et à une manifestation surnaturelle. Le film ne se repose pas sur une note et laisse de la place à l’ambigüité – c’est bien le minimum lorsqu’on vit dans une réalité qui semble aussi insensée. Les protagonistes du long métrage réalisé par le Bangladais Mejbaur Rahman Sumon affrontent le monde mais aussi les éléments : pluie, grêle et flammes s’abattent sur leur quotidien. Saluons la manière impressionnante avec laquelle le cinéaste met en scène la nature, et utilise les sources lumineuses lors des scènes nocturnes.

Roid, à nos yeux, perd de son relief intranquille lorsque le film fait preuve de moins de cruauté féroce. Mais le long métrage sait surprendre à nouveau lors d’une rupture mystique, dans laquelle le ciel tombe sur la tête de son couple maudit. Il y a comme une punition divine qui surveille ce récit d’en haut, mais ce surplomb n’est jamais celui du cinéaste qui parvient à dépeindre ses protagonistes et leur dynamique dans toute leur inconfortable complexité.

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par Nicolas Bardot

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