Un homme se glisse dans la peau de chacun de ses amants, s’appropriant leur personnalité au gré de ses rencontres. Ce n’est qu’en devenant un autre qu’il parvient à être pleinement lui-même.
Queerpanorama
Hong Kong; 2025
De Jun Li
Durée : 1h27
Sortie : 26/11/2026
Note : ![]()
FANTÔME DE L’AMOUR
Peut-on vraiment prétendre connaître les gens avec qui on couche ? Cette question n’est pas une citation extraite de Queerpanorama mais d’un des tout premiers épisodes de Sex and the City. Lancée par Charlotte la romantique, cette interrogation laissait alors les autres personnages songeurs par son mélange de candeur directe et d’ambition philosophique. Dans cette scène, la question ne trouvait pas de réponse. Aujourd’hui, elle trouve un écho particulier dans cet étonnant film queer hongkongais.
Le protagoniste de Queerpanorama enchaine les rencontres et les partenaires sexuels de profils et de nationalités différentes. On ignore son nom et son occupation, mais les conversations qu’il tient avec ses amants sont à la fois sérieuses et équilibrées. Certains rendez-vous s’avèrent brutaux, mais la plupart donnent lieu à ce qui ressemble à de réels échanges, jusqu’à ce que l’on réalise qu’à chaque fois, le protagoniste se présente sous le nom et l’identité de son dernier amant en date. Sous une implication de façade et une politesse légèrement distante, il ne dévoile que des choses fausses sur lui-même. Pourquoi ? Eh bien le scénario fait le choix plutôt gonflé de ne jamais répondre à cette question.
Le cinéaste hongkongais Jun Li cite Rohmer et Hong Sangsoo comme sources d’inspiration. Il y a, de fait, beaucoup de dialogues sérieux à l’œuvre ici mais la parole est un peu moins fantasque que chez ces deux modèles là. Les personnages analysent certes leurs sentiments, mais on sent bien que la chaleur humaine a du mal à réellement pénétrer ce protagoniste un peu trop sur ses gardes. Les rencontres sexuelles sont ici toutes mises en scène dans des plans fixes où la caméra ose à peine respirer (selon une formule pouvant évoquer Les Rendez-vous d’Anna de Chantal Akerman), dans un enchainement sérieux au noir et blanc un peu mécanique.
Les quelques scènes où les personnages se taisent viennent au contraire faire planer un vent mystérieux sur cet ensemble à l’artificialité assumée mais un peu répétitive. C’est quand le protagoniste se retrouve seul face à lui-même, nu dans des décors vides et sans personne à qui mentir, qu’il trouve paradoxalement son épaisseur. Cette piste potentiellement fantastique qui ferait de lui un fantôme du cul ou une sorte d’Orlando n’est pas celle que privilégie Jun Li. C’est au contraire vers un drôle d’effet de réel qu’il préfère amener le spectateur, puisque hormis l’interprète principal, tous les acteurs du film sont en réalité d’authentiques partenaires sexuels du réalisateur, qui rejouent ici une version fictionnalisée de leurs propres rôles. Le résultat offre un curieux équilibre entre chaleur et froideur, entre l’exigeant et le trivial.
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par Gregory Coutaut
