Critique : Pillion

Colin, un jeune homme sans histoire, rencontre Ray, le leader charismatique d’un club de motards. Il l’introduit dans sa communauté queer et fait de Colin son soumis.

Pillion
Royaume-Uni, 2025
De Harry Lighton

Durée : 1h43

Sortie : 04/03/2026

Note :

SERRE-MOI FORT

Dans Pillion, chacune et chacun tombe de sa chaise lorsque le timide Colin présente ou montre une photo de son nouvel amant, Ray. Pendant que le sage Colin entonne des chants de Noël avec sa gentille chorale, Ray en cuir fait vrombir sa moto et chope des mecs, qui il veut, avec une facilité déconcertante. C’est d’ailleurs ce que capte le Britannique Harry Lighton en un plan : il suffit d’un regard de Colin vers Ray, de Ray vers Colin, pour que ce dernier tombe en pamoison et soit prêt à accepter n’importe quoi. I Will Follow Him dit la chanson rétro – ce sont exactement les mots que Colin pourrait employer s’il arrivait à articuler quoi que ce soit.

Pillion fait preuve d’un très bon sens du casting avec l’emploi immédiatement convaincant dans les rôles principaux de Harry Melling et Alexander Skarsgård. Cette crédibilité est un atout pour nous emporter n’importe où : la romance de Pillion n’est en effet pas si commune. Le premier long métrage de Lighton est un récit d’apprentissage sentimental… mais dans le monde du BDSM. Ce monde n’est pas à part, mais ses codes sont suffisamment singuliers pour surprendre le tendre Colin. Le scénario parvient avec une certaine habileté à n’être ni sérieux comme un pape (le sexe, les sentiments, n’ont pas à être si sérieux, même quand ils sont très sérieux), ni une comédie condescendante envers cette pratique : ce glissement de tonalités est un point fort de Pillion qui, justement, questionne le regard posé sur ce que l’on désigne comme la « normalité ».

La relation entretenue par Colin et Ray n’est néanmoins pas tout à fait comme les autres… à moins qu’elle ne soit au contraire tristement banale. Car s’il y a de la joie dans le désir rassasié de Colin, les règles que le film explore sont imposées d’un amant à l’autre. Pillion ne parle pas de deux personnages familiers du BDSM, mais d’un homme qui impose ses désirs à son amant. Colin peut y prendre du plaisir, mais la dynamique ici est proche de celle d’un pervers narcissique, traitant littéralement son amoureux comme son chien, sans que ce ne soit clairement consenti. Le film aurait pu explorer davantage cette amère ambigüité et c’est probablement sa limite : une écriture assez nette, appliquée, un peu lisse. Harry Lighton réussit néanmoins à composer un efficace contre-récit de Noël grand public sur un sujet qui présentait bien des pièges.

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par Nicolas Bardot

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