Ursula et Neda, une serveuse est-allemande au cœur brisé et une Youtubeuse iranienne au bras cassé, se sentent toutes deux seules et piégées dans leurs vies précaires. Les chemins sinueux du hasard entraînent les deux femmes dans une chasse au fantôme inattendue en montagne… Un film d’aventures romantique sur une amitié improbable et le désir d’une autre vie.
Phantoms of July
Allemagne, 2025
De Julian Radlmaier
Durée : 1h30
Sortie : –
Note : ![]()
MERVEILLES DU MONDE
L’action de Phantoms of July se déroule quasi intégralement en plein air, dans un charmant coin de campagne du cœur de l’Allemagne. Tapie dans l’ombre d’une colline nue à la présence têtue et incongrue, la petite ville de Sangerhausen a pour particularité de posséder la plus grande roseraie du monde. Cela pourrait suffire à en faire un coin de paradis mais comme l’indique le titre allemand original du film Sehnsucht in Sangerhausen, c’est la nostalgie qui plane sur la ville, mais une nostalgie pour quoi ? Un personnage cite au passage le poète allemand Novalis et sa vaine quête d’une fleur bleue imaginaire, mais la référence s’évapore aussitôt comme un akène de pissenlit.
Bien que Phantoms of July ne ressemble jamais à une pièce de théâtre, son récit est divisé en trois actes mettant en scène trois héroïnes qui vont plus ou moins finir par se croiser, ce qui n’est pas une mince affaire puisque l’un des actes se déroule il y a plusieurs siècles, mais ce n’est pas le genre d’obstacle qui peut freiner ce scénario fantasque. Le point commun entre ces trois récits de solitude féminine est la ville de Sangerhausen. Ce parti pris narratif peut évoquer celui d’un autre film allemand découvert tout récemment, le très sérieux et brillant Sound of Falling, mais Phantoms of July possède un ton très différent de celui-ci. Plutôt : il possède une variété de tons.
La meilleure manière de décrire ce drôle de film est de parler d’une visite guidée, mais une visite fantasque, pleine de virages. Le cinéaste allemand Julian Radlmaier (dont les précédents films sont demeurés inédits en France malgré leurs titres remarquables : Bloodsuckers : A Marxist Vampire Comedy, Self-Criticism of a Bourgeois Dog, etc.) bâtit le portrait de ce territoire comme un herbier cocasse composé de superpositions inattendues. On y croise par exemple un cinéma hanté, Abbas Kiarostami, une romance lesbienne et un accordéoniste nudiste. L’accumulation de surprises un peu gratuites vient certes régulièrement alourdir la balade. Certains de ces coups de coudes donnés au public sont d’autant plus superflus que le film possède déjà une jolie singularité qui n’a pas besoin d’être autant surlignée.
Dans ses meilleurs moments, Phantoms of July trouve un équilibre inattendu et remarquable entre des appels à aiguiser sa conscience politique (l’air est chargé des échos de la révolution française et des slogans communistes) et une poésie champêtre buissonnière, quelque part entre Désordres et une version de poche de Pique-nique à Hanging Rock. L’ensemble ne demeure pas tout du long sur de tels sommets, mais la promenade vaut le détour.
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par Gregory Coutaut
