Lorsque la foi du pasteur Hélder commence à faiblir, il se tourne vers la sorcellerie pour la récupérer – obtenant des pouvoirs miraculeux en échange d’un sacrifice.
O profeta
Mozambique, 2026
D’Ique Langa
Durée : 1h34
Sortie : –
Note : ![]()
LE CRI DU SORCIER
« Moi aussi, bientôt, je serai appelé auprès du Seigneur ». Telles sont les paroles du chant par lequel s’ouvre O profeta. La séquence d’ouverture nous montre une cérémonie d’enterrement où officie Hélder, pasteur de sa communauté. Un pasteur peut-être pas parfait, comme le montre son discours hésitant, mais un pasteur sans aucun doute très respecté. Surprenants dans un tel contexte de recueillement, ses balbutiements au moment de prononcer les formules sacrée ne prêtent pourtant pas à rire. Dans ce coin de campagne paisible du sud du Mozambique, où rien de semble devoir troubler la quiétude de la forêt, il y a pourtant l’embryon de quelque chose qui cloche. Hélder a perdu la foi et se sent désormais moins appelé par le Seigneur que par le forces occultes de la sorcellerie.
Lors d’une vision cauchemardesque, séquence particulièrement splendide dans un film qui en compte beaucoup d’autres, Hélder tombe sur une peau de serpent abandonnée. Cette dernière symbolise la mue du protagoniste en proie aux crises angoissées, mais aussi celle du film dans son ensemble, qui a pour force de ne jamais vraiment ressembler à ce à quoi on s’attend et qui change même de format en cours de route. Dénué de tout pittoresque, O profeta fait preuve d’un minimalisme remarquable, souligné par un rythme à la lenteur parfois exigeante il faut bien le dire, qui ne ressemble jamais à la grammaire habituelle du cinéma fantastique. Soyez prévenus : c’est ici l’atmosphère qui est pleinement privilégiée plutôt que le relief narratif, et l’expression slow cinema prend vraiment tout son sens.
Là où O profeta se montre plus généreux, c’est dans son catalogue de visions éclatantes et rigoureusement construites. Le noir et blanc dans lequel baigne le film est tantôt voilé de nostalgie, tantôt tranchant dans ses contrastes, et cela suffit à transformer par exemple des gouttes de sueur sur un visage en un voile perlé qu’on croirait posé sur une statue de cristal. Pour son tout premier long métrage, le cinéaste Ique Langa fait preuve d’une grande maitrise formelle, qui peut évoquer Mother, I Am Suffocating. This Is My Last Film About You, le premier long métrage du cinéaste Lésothien Lemohang Jeremiah Mosese.
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par Gregory Coutaut
