Berlinale | Critique : Nina Roza

La vidéo virale d’une artiste bulgare de 8 ans, prodige de la peinture, circule sur Internet. Ce phénomène attire l’attention d’un collectionneur. Mihail sera dépêché sur place pour évaluer la valeur de la production de la jeune fille. Il devra retourner pour la première fois dans son pays d’origine, près de 30 ans après l’avoir quitté, et affronter les fantômes de son passé.

Nina Roza
Canada, 2026
De Geneviève Dulude-De Celles

Durée : 1h43

Sortie : –

Note :

D’ART D’ART !

Remarquée il y a quelques années avec son premier long métrage de fiction Une colonie, la réalisatrice canadienne Geneviève Dulude-De Celles passe à nos yeux très clairement à la vitesse supérieure avec Nina Roza, dévoilé en compétition à la Berlinale. Nina Roza débute mystérieusement par une célébration dans un jardin – mais le mystère est précisément ce qui va caractériser le long métrage, pris dans un étrange nuage d’incertitudes. Personne n’est sûr de rien : d’ailleurs un collectionneur d’art contemporain envoie un spécialiste à la rencontre d’une fillette bulgare pour en savoir plus sur ses peintures extraordinaires. Saluons déjà le regard non-méprisant de Dulude-De Celles sur l’art contemporain : rares sont les films à ne pas tomber dans le panneau du ricanement paresseux devant le travail de plasticien.nes, peintres ou vidéastes.

Nina la petite artiste est-elle un bébé prodige ou une vulgaire fraude ? Cette question doit être tranchée nette par un oui ou un non quand bien d’autres questions, dans la vie, méritent des nuances. Le personnage principal Mihail (excellent Galin Stoev, jusqu’ici connu pour son travail sur scène) a francisé son nom au Québec mais vient du même pays que Nina : la Bulgarie. Le film se situe à l’intrigant carrefour du familier et de l’étranger, a fortiori pour le héros qui est lui-même devenu un étranger dans son ancien pays. Là-bas, Mihail est comme revenu d’entre les morts, un véritable fantôme. Que faire, des années plus tard, du déracinement, quelle blessure continue t-on de porter dans son nouveau chez-soi ? L’écriture de Geneviève Dulude-De Celles aborde cette question avec autant de finesse qu’elle le mérite.

« Est-ce que tu penses que cet endroit est merdique ? » : on ne mâche pas ses mots pour parler de la Bulgarie, et de fait, Nina Roza parle d’art mais aussi d’un rapport de force. Un rapport marchand, qui interfère avec le retour aux sources de Mihail. Tout cela est articulé dans un film dont l’histoire demeure toujours curieuse. Ce sentiment est rehaussé par la douceur énigmatique de la mise en scène de Geneviève Dulude-De Celles, son élégant sens du cadre, sa qualité atmosphérique lorsqu’elle saisit des petits matins bleus, ou un décor enneigé et sous la brume.

Si le long métrage se déroule dans le monde de l’art, qu’il s’agisse de galeries chics outre-Atlantique ou de l’atelier d’une gamine géniale au fin fond de l’Europe, l’art est aussi ici un support pour poser des questions passionnantes. Comment préserver son esprit ? Plus encore : comment prendre soin de ses enfants ? Geneviève Dulude-De Celles suggère des pistes avec une subtilité bienvenue dans un film qui a l’intelligence de douter.

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par Nicolas Bardot

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