Un portrait de l’icône du porno gay des années 80, Mickey Squires, et de l’homme qui l’incarnait, Richard Bernstein.
Mickey & Richard
Etats-Unis, 2026
De Ryan A. White et A.P. Pickle
Durée : 1h10
Sortie : –
Note : ![]()
LES IMAGES-FANTASMES
Le cinéaste américain Ryan A.White s’était fait remarquer il y a quelques années avec Raw! Uncut! Video! , documentaire tourné à quatre mains avec Alex Clausen sur l’histoire dingue d’un maison de prod de porno gay amateur perdue dans un ranch loin des stars de l’industrie. Ryan A.White creuse le sillon et s’associe cette fois à A.P. Pickle pour réaliser Mickey & Richard, documentaire qui dresse à la fois le portrait de Mickey Squires, l’un des visages les plus iconiques du porno gay des années 80, mais aussi de Richard, l’homme derrière l’acteur.
Au respect amusé de l’enquête sexy-farfelue de Raw! Uncut! Video! succède ici un respect tout court, ainsi qu’un ton bien plus classique. Les images d’archives sont bien là pour montrer la gloire d’antan de Mickey, boy next door ayant commencé sa carrière presque par hasard à 32 ans et dont le succès venait paradoxalement de ses airs d’hétéro de tous les jours. Mais la majorité du film est composé d’entretiens avec Richard. Car Richard est toujours vivant, c’est même un des rares survivant de cette époque qui soit encore là pour en parler à la première personne. Mais derrière la dignité que cela impose, c’est aussi tout simplement un vieux monsieur qui râle gentiment et coule des jours sans histoire. La principale surprise de Mickey & Richard est peut-être d’être plus terre-à-terre qu’on aurait pu s’y attendre.
Une scène forte du film montre une photo promotionnelle de Mickey, à son apogée sexy, projetée sur la peau ridée du dos de Richard. Celui-ci ne semble pourtant pas porter cet héritage comme un poids sur les épaules ou un tatouage indélébile. Le recul dont ce dernier fait preuve n’est que rarement étonnant (comme lorsqu’en évoquant son ex il dit « nous formions un couple tel qu’on peut en croiser chez Jane Austen »). Mickey & Richard suit le parcours sans surprise parmi les angles attendus : la solitude, le travail d’escort, les drogues, le sida. Le film trouve davantage de relief lorsqu’il ouvre chaleureusement le coffre à souvenirs de ce qui est ici nommé « les images fantasmes ». Se déploie alors un folklore bien particulier fait de moustaches et blousons noirs, vestige émoustillant mais surtout émouvant d’une époque dont il ne reste quasi plus personne, une utopie révolue qui n’est plus qu’un souvenir.
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par Gregory Coutaut
