En 2094, le réalisateur en herbe Kuve filme un documentaire sur la Grande Guerre des années 2070, qui a effacé la technologie moderne. Il rencontre Mumbi, qui lui apprend à voir la beauté derrière les gestes quotidiens.
Memory Of Princess Mumbi
Kenya, 2025
De Damien Hauser
Durée : 1h20
Sortie : –
Note : ![]()
VESTIGES DU FUTUR
Ne prenez pas la peine de lire le résumé de ce film. Ce n’est pas qu’il vienne gâcher une surprise en en divulguant trop, c’est au contraire qu’il ne traduit qu’une toute petite partie de l’imprévisible mosaïque qu’est Memory of Princess Mumbi. Cette histoire de princesse du futur est à la fois au cœur du récit et presque entièrement superflue au plaisir et à la compréhension du visionnage, et ce par un numéro d’équilibriste scénaristique qu’on est bien en peine de décrire tant il relève du tour de passe-passe. Récit d’amour fou, voix off et grands violons : les toutes premières scènes du film paraissent obéir à la grammaire habituelle du mélo. Or, ce sont là les uniques minutes où l’ensemble donne l’impression d’être sur des rails familiers. Tant mieux.
S’il fallait à notre tour tenter de résumer l’histoire folle de Memory of Princess Mumbi, nous dirions qu’il s’agit d’une comédie romantique entre un garçon et une fille qui rêvent de faire un film qui rende les gens heureux. Nous suivons donc les aventures sous la forme d’un faux making of entrecoupé du résultat de leur travail, un film dans le film au récit pas très éloigné de ce qu’ils vivent. De plus, tout ceci se déroule effectivement dans un pays africain imaginaire, dans un futur distant qui ressemble parfois drôlement au présent et parfois pas du tout. Pour être entièrement honnête, la véritable trame narrative est souvent trop chaotique pour être suivie de près, mais cette perte de repères n’empêche pas le charme de cette fantaisie qui file à toute allure.
Fantasque, Memory of Princess Mumbi ne l’est pas que par son récit. Le film fourmille de propositions visuelles étonnantes. Les scènes de danses sont filmées avec un dynamisme digne d’un clip musical et le texte qui apparait parfois à l’écran est d’une grosse police jaune qui rappelle la blacksploitation, offrant un mélange à la fois pop et pulp. De plus, plusieurs images du film sont générées par intelligence artificielle, mais l’utilisation de cette dernière n’est pas naïve. Malicieusement intégrée aux récits (dans ce futur où les nouvelles technologies ont été bannies, les deux apprentis cinéastes ne sont pas d’accord sur son usage), cette technique vient apporter un niveau de lecture supplémentaire au long métrage.
Le mouvement artistique contemporain de l’afrofuturisme (auquel Memory… se rattache aisément) trouve son origine dans le désir de palier par l’imagination extrême un manque de variété de représentations des vécus du continent africain. La manière dont le cinéaste kenyan et suisse Damien Hauser utilise donc la machine à fantasmes qu’est l’IA fait preuve d’une certaine ironie (les logiciels utilisés sont carrément remerciés au générique de fin) au moment de venir illustrer par instants cette histoire d’héritiers princiers de royaumes disparus. Au-delà de cette dimension arty/meta, ce long métrage parmi les plus singuliers de l’année se regarde avec appétit, comme si nous nous trouvions face au bric-à-brac d’un coffre à trésor cinématographique mal rangé mais chatoyant.
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par Gregory Coutaut
