Vladlena, six ans, déménage de Crimée à Grozny suite au divorce de ses parents, sans savoir que la guerre va bientôt consumer son enfance. Alors que l’Union soviétique s’effondre, la République tchétchène se fracture.
Memory
France/Pays-Bas, 2025
De Vladlena Sandu
Durée : 1h38
Sortie : –
Note : ![]()
SOUVENIRS CHIFFONNÉS
Présenté en ouverture de la section Giornate degli autori à la Mostra de Venise, Memory est un film sacrément hybride qui n’en fait qu’à sa tête. Tout commence pourtant paradoxalement par un cliché : la caméra filme une femme dans la rue, l’image se fige et la voix off de la réalisatrice (puisqu’il s’agit d’elle-même à l’image) nous invite à écouter son histoire. L’impression de déjà-vu face à cette introduction est très vite balayée par la suite qui, pour le coup, n’a rien de familier. Memory est un récit autobiographique et historique à la première personne. Est-ce à dire qu’il s’agit strictement d’un documentaire ? Oui et non, car le film fourmille d’idées et d’outils narratifs.
La cinéaste Vladlena Sandu raconte son enfance et la vie de sa famille en Tchétchénie, du temps de l’Union soviétique mais aussi dans la guerre ayant suivi la dissolution de 1991. A l’exception de quelques photos d’archives parsemées avec discrétion, aucune image de Memory ne ressemble pourtant à un documentaire sur la guerre. Le mot anglais memory signifie bien sûr mémoire, mais le ludisme visuel ici à l’œuvre nous rappelle également le jeu enfantin du même nom, à base de vignette colorées. Vladlena Sandu bâtit en effet son film comme une succession de brefs tableaux bricolés, à la fois chatoyants ou symétriques, mettant en scène des marionnettes ou une fillette vêtue d’une robe traditionnelle d’un autre âge.
La voix off de la cinéaste égrène les souvenirs tragiques ou tendres avec une absence de variation de rythme ou de ton qui peut rendre l’écoute paradoxalement monotone sur la longueur. Cela est vivement rééquilibré par l’inventivité formelle du film qui est capable de passer du diorama au clip musical en un clin d’oeil vertigineux. Memory pose de bonnes questions sur la représentation, sur la mémoire, sur le trauma, sur la violence héritée, mais évite les clichés du récit « à hauteur d’enfant ». C’est un film qui trouve sa force dans la dimension dramatique très sombre des faits évoqués, mais dans cet espace-là, Vladlena Sandu parvient à nous laisser un espace en usant intelligemment de mille et un moyens pour raconter, suggérer et illustrer de manière inventive.
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par Gregory Coutaut
