Berlinale | Critique : Leibniz – Chronicle of a Lost Painting

Par dévotion pour l’illustre penseur Leibniz, la reine Charlotte en commande un portrait. Les rencontres du philosophe avec différents peintres se muent en une quête à la poursuite du sens de l’art, des mystères de l’amour et de la vérité.

Leibniz – Chronicle of a Lost Painting
Allemagne, 2025
D’Edgar Reitz

Durée : 1h44

Sortie : –

Note :

AU-DELA DES PENSÉES

On pourrait craindre d’entrer dans Leibniz – Chronicle of a Lost Painting comme dans un musée un peu poussiéreux respectant à outrance les codes prévisibles du film d’époque. Après tout, le cinéaste Edgar Reitz a aujourd’hui 92 ans. Monument du cinéma allemand grâce à sa série de films Heimat qui s’est étalée sur plusieurs décennies, il présente cette année hors compétition à la Berlinale ce drame, coréalisé avec Anatol Schuster, qui réunit une sorte de petite dream team du cinéma d’outre-Rhin des ces dernières décennies, allant de Barbara Sukowa à Lars Eidinger. Or, sans aller jusqu’à le qualifier de révolutionnaire, le film à largement de quoi surprendre.

Leibniz – Chronicle of a Lost Painting n’est pas un film historique typique dans le sens où il ne cherche pas à raconter et reconstituer l’Histoire (le scénario ne donne délibérément aucun repère de date ou aucun indice superflu sur les liens entre les personnages). Il s’agit également moins d’un film sur la vie du célèbre philosophe qu’une exploration de ses idées. Ironiquement, le projet initial de Reitz était justement de faire un biopic classique, avant que des problèmes financiers liés au Covid le poussent à réenvisager le tout sous un angle plus minimaliste. C’est peut-être là un mal pour un bien car c’est justement cette économie qui rend le résultat si singulier.

Fi des dorures et fanfreluches qui viennent alourdir trop de mauvais films en costumes, il n’y a ici qu’une poignée de décors et qu’une poignée encore plus petite de personnages. Le film se compose de séquences de face à face clairs-obscurs entre le philosophe obsédé à l’idée de tout comprendre et une jeune femme peintre (un personnage entièrement fictif) qui va lui faire remettre en question ses idées sur l’art. Pointues, intenses, cérébrales et nombreuses, leurs discussions réservent le résultat à un public bien patient et attentif, soyez prévenus. Il faut souligner la performance des deux acteurs principaux (dont Aenne Schwarz, la révélation de Comme si de rien n’était) qui parviennent à rendre vivant une telle entreprise.

Reitz met en scènes ces échanges avec le rythme hypnotisant d’un rêve coupé du reste du monde. La scène d’ouverture, où seul un fond entièrement noir entoure une comédienne, fait envisager une radicalité à la Thérèse d’Alain Cavalier. Mais avec sa manière têtue de conserver un pied dans le très sérieux monde des idées et l’autre dans une mise en scène légèrement onirique, c’est davantage du côté de l’élégance guindée et lunaire d’un cinéma portugais post-Oliveira que vogue finalement ce cours de philo monacal et pas comme les autres.

| Suivez Le Polyester sur BlueskyFacebook et Instagram ! |

par Gregory Coutaut

Partagez cet article