Critique : Le Mystérieux regard du flamant rose

Début des années 1980, dans le désert chilien. Lidia, 11 ans, grandit au sein d’une famille flamboyante qui a trouvé refuge dans un cabaret, aux abords d’une ville minière. Quand une mystérieuse maladie mortelle commence à se propager, une rumeur affirme qu’elle se transmettrait par un simple regard. La communauté devient rapidement la cible des peurs et fantasmes collectifs. Dans ce western moderne, Lidia défend les siens.

Le Mystérieux regard du flamant rose
Chili, 2025
De Diego Céspedes

Durée : 1h44

Sortie : 18/02/2026

Note :

LA VIE AU RANCH

La jeune Lidia grandit dans un contexte qui n’a rien d’habituel. Non seulement elle réside en plein désert mais elle partage son habitation avec un groupe de femmes trans et de drag queens (des autoproclamées travestis, selon le mot espagnol qui peut justement englober les deux). Les raisons qui l’ont amenée à vivre ainsi entourée de marraines queer n’est expliqué que du bout des doigts et après tout tant mieux. C’est comme ça et pas autrement, et c’est même très bien comme ça : à peine Lidia se fait-elle emmerder par les ados débiles du coin que tout ce ranch trans se met joyeusement en branle pour aller rétablir la justice à coup de poings. Si vous cherchez la bagarre, vous l’avez trouvée.

De la castagne, il y en a régulièrement dans le quotidien de Lidia et sa famille. Ces femmes fières ne sont pas du genre à se laisser marcher sur les pieds et ce n’est pas qu’une métaphore. Des films queer qui incitent à une fière rébellion, on en a vu des tas, mais la récurrence avec laquelle ce drôle de récit nous incite à une saine colère exprimée à coups de torgnole témoigne d’un mauvais esprit réjouissant. Le Mystérieux regard du flamant rose ne ressemble pourtant pas du tout à une version queer de Shérif, fais-moi peur. S’il possède bel et bien des parenthèses humoristique, le ton général est à… oui tiens, à quoi d’ailleurs ? Comment qualifier la drôle d’atmosphère digne et rageuse à la fois qui règne sur le film ?

Une légende plane sur ce coin du Chili. L’action se déroule au début des années 80 et les vieux du coin raconte que les femmes trans et autres homosexuels seraient capable de transmettre une maladie mortelle rien que par le regard. La métaphore n’a pas besoin d’être davantage surlignée et le cinéaste Diego Céspedes trouve l’équilibre judicieux pour la manier sans lourdeur, avec poésie et recueillement. Le Mystérieux regart du flamand rose possède quelques imperfections de rythme mais son scénario n’a pas peur de virages, des variations de tons inattendues (certaines bulles oniriques méritent d’être découvertes sans spoiler) et se permet même le culot talentueux de changer de protagoniste en cours de route. Poignante et merveilleuse à la fois, voilà une histoire de transmission queer entre générations telle qu’on aimerait en croiser plus souvent.

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par Gregory Coutaut

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