À corps perdu, un couple se jette dans une course de voile de plusieurs jours et plusieurs nuits sur un grand lac.
Le Lac
Suisse, 2025
De Fabrice Aragno
Durée : 1h15
Sortie : –
Note : ![]()
A L’AVENTURE
Quel est le meilleur point de départ pour décrire adéquatement un film aussi difficilement classable que Le Lac ? Sans doute son titre, qui derrière sa factualité aride, a pour mérite de résumer honnêtement ce qui occupe l’image durant 1h15. Le Lac, c’est effectivement l’histoire d’un lac. Plus précisément, c’est l’histoire d’un homme et d’une femme à bord d’un voilier sur ce lac. Mais « histoire » est sans doute un mot trop prosaïque, pour coller à ce que l’on est davantage tenté de décrire comme une expérience des sens.
Le Lac nous met en immersion sans attendre. Les plans sont très brefs, très rapprochés ou au contraire englobant tout l’horizon. Les dialogues sont quasi inexistants, de même que les indices concernant les personnages et leurs enjeux, mais peut-on encore parler de personnages au sens classique quand le vent et la lumière semblent être les vrais protagonistes du film ? Des ellipses étonnantes et un sens du danger venu d’on ne sait où côtoient des ralentis jusqu’à l’abstraction. La météo change également presque d’un plan à l’autre, participant à brouiller tout repère temporel et narratif (s’agit-il d’une simple traversée ou d’un voyage dans le temps ?) et offrant surtout un catalogue choc de cieux bleus, oranges ou gris.
Collaborateur régulier de Jean-Luc Godard depuis le début des années 2000, le cinéaste suisse Fabrice Aragno n’est pas du genre à mettre de l’eau dans son vin, et ouvrir Le Lac par une longue citation de Merleau-Ponty n’est peut-être pas le moyen le plus invitant de convaincre une partie frileuse du public de plonger dans cette eau-là. Toute exigeante qu’elle paraisse et qu’elle soit parfois, cette apnée vaut pourtant le détour par son caractère unique. A la fois film d’aventure métaphysique et parabole expressionniste, Le Lac est comme la nature à l’écran : d’une beauté énigmatique qui ne se laisse pas dompter.
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par Gregory Coutaut
