Berlinale | Critique : L’Autre côté du soleil

Après la chute du régime d’Assad, cinq survivants retournent à l’ancienne prison de Saidnaya pour reconstituer les sévices qu’ils y ont subis. Ils prennent la parole et témoignent pour ceux qui ne peuvent plus le faire.

L’Autre côté du soleil
Belgique / Arabie Saoudite, 2026
De Tawfik Sabouni

Durée : 1h32

Sortie : –

Note :

LES SURVIVANTS

L’autre côté du soleil, c’est le surnom donnée à la prison de Saidnaya, en Syrie. Réputée comme l’une des plus violentes qui soient, celle-ci a renfermé des dizaines de milliers de prisonniers jugés comme ennemis du régime de Bachar al-Assad, en dépit des dénégations régulières de ce dernier. Cette prison secrète, aujourd’hui vidée et en ruines comme un décor postapocalyptique, le cinéaste belgo-syrien Tawfik Sabouni l’a connue directement puisqu’il fut arrêté par le régime en 2011 pour avoir osé filmer des manifestations.

Rare survivant de cet édifice dédié à la torture plus qu’à la mise à l’écart, Sabouni confie au début de ce documentaire se situer quelque part entre l’envie d’oublier et l’envie de se souvenir. Pour les retrouvailles avec ce lieu, il convie quatre autres personnes, quatre hommes qui ne se connaissent pas mais qui ont tous été détenus à Saidnaya à des moments différents. Lampe de poche et portables à la main, le groupe retourne alors dans les ténèbres, au sens propre comme au sens figuré. Dans ce décor incroyable, de pièce en pièce, les souvenirs remontent et chacun raconte son histoire, la reconstitue à l’aide des autres, affronte la violence passée qui imprègne encore les murs.

Tawfik Sabouni utilise plusieurs moyens pour tenter d’adoucir le visionnage de ces récits traumatisés, mais au-delà d’une musique un peu trop lancinante et de quelques figurines utilisées de façon convenue pour de courtes reconstitution, c’est quand il assume le minimalisme de son dispositif documentaire que L’Autre coté du soleil s’avère le plus percutant. Accompagner ce groupe d’hommes presque en temps réel à mesure qu’ils s’enfoncent face à leur trauma suffit à partager l’intensité de ce qu’ils expriment (un débat improvisé sur la moralité d’un désir de vengeance évoque Un simple accident) ou ce qu’ils n’expriment pas, quand la sidération vient prendre le pas sur le désir de partager. Lorsque ces survivants d’un monde fantôme remontent avec nous à la surface et retrouvent la lumière du soleil, le film touche à ce qu’il a de plus saisissant.

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par Gregory Coutaut

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