Critique : Laurent dans le vent

À 29 ans, Laurent cherche un sens à sa vie. Sans travail ni logement, il atterrit dans une station de ski déserte hors-saison et s’immisce dans la vie des rares habitant·es qu’il rencontre. Quand les touristes arrivent avec l’hiver, Laurent ne peut plus repartir.  

Laurent dans le vent
France, 2025
D’Anton Balekdjian, Léo Couture et Mattéo Eustachon

Durée : 1h50

Sortie : 31/12/2025

Note :

UN PETIT AIR

Si Laurent est dans le vent, ce n’est pas parce qu’il est à la mode mais plutôt parce qu’il a du mal à garder les pieds sur terre. La première scène, filmée en vue subjective depuis un parapente qui décolle, nous suggère d’emblée une certaine apesanteur pour son héros dans la lune. Laurent a comme qui dirait du mal à interagir simplement avec le monde. On ignore la nature exacte de ce qui a pu lui arriver avant que débute le récit, mais on voit bien que tout le monde autour de lui le traite comme un convalescent fragile. Pour reprendre pied et se remettre de ses sombres émotions, Laurent vient de choisir un lieu hors du commun (et un drôle de décor de cinéma) : une station de ski hors saison, presque entièrement désertée.

Des rencontres, Laurent va néanmoins parvenir à en faire plusieurs, et à chaque fois le scenario opère un suspens de poche : tel nouvel interlocuteur va-t-il faire basculer la scène vers une chaleureuse tendresse (Béatrice Dalle dans une version câline de son rôle habituel de précieuse marraine d’un cinéma gay marginal) ou vers un burlesque un peu absurde (Thomas Daloz, loin de son rôle des Particules) ? Ecrit et réalisé, ce n’est pas banal, à six mains, Laurent dans le vent évolue dans les airs à sa manière : sur un fil de funambule entre plusieurs tons et états, entre interprètes professionnels et amateurs, entre la déprime et la légèreté. Le loufoque s’invite régulièrement dans ce récit d’une solitude pesante, la magie pointe son nez derrière un naturalisme parfois quasi documentaire, on ne sait jamais quand un personnage va se murer dans le silence ou au contraire se lancer dans un monologue inattendu.

C’est le long d’un charmant itinéraire bis du cinéma français que nous invite cette divagation douce-amère. Sans toujours atteindre les même sommets (l’ensemble reste en effet modeste, y compris dans son travail sur l’image), il y a un air de Guiraudie et Vecchiali dans ce film queer fantasque, rural et buissonnier. Le résultat zigzague au point de tanguer mais conserve le charme de n’en faire qu’à sa tête.

| Suivez Le Polyester sur BlueskyFacebook et Instagram ! |

par Gregory Coutaut

Partagez cet article