Critique : Journal intime du Liban

Maudits sur trois générations ! Dans un pays pris en otage, trois habitants de Beyrouth tentent de survivre: Georges, vétéran hanté par le passé, Joumana, militante candidate à la députation, et Perla Joe, artiste engagée. Un récit intime et brûlant d’un pays en perpétuelle quête de liberté.

Journal intime du Liban
Liban, 2025
De Myriam El Hajj

Durée : 1h50

Sortie : 15/10/2025

Note :

DAMNATIONS

« Oncle Riad. Tu m’enlèves le mauvais œil ? » : ce sont les premiers mots entendus, en voix-off, dans le documentaire Journal intime du Liban. « Il n’y a rien », répond une voix rassurante. Pourtant, dans ce long métrage désabusé, la réalisatrice libanaise Myriam El Hajj fait le portrait d’une société au bord du gouffre, enchaînant damnation sur damnation. Les panneaux affichant des slogans politiques creux surplombent Beyrouth, les murs sont criblés d’impacts de balles tandis qu’on espère que « Dieu vienne en aide au Liban ». En quelques temps et quelques protagonistes, El Hajj raconte comment l’on tente de faire face à un monde qui chaque jour s’effondre.

« Je rêve de ne plus me plaindre d’être née au Liban », entend-on dans Journal intime du Liban. En attendant, Myriam El Hajj filme la réalité : celle de manifestations dans des rues en feu contre la corruption politique, celle de l’explosion dévastatrice du port de Beyrouth en août 2020. « On n’oubliera jamais l’odeur des morts, les chambres froides des hôpitaux n’avaient pas d’électricité ! ». Les responsables politiques « qui savaient », les millions de l’État volés, l’argent évaporé des banques en faillite : le désastre est tel qu’on se demande si le pays existe encore. Mais comment survit-on dans un pays qui n’existerait plus ? Et pourquoi se relève-t-on ?

La guerre semble être là depuis toujours, et à un trauma succède un autre trauma. On choisit entre les chefs de guerre dès la cour de récré tandis que les drames laissent une trace physique dans les corps. Ce n’est pas une allégorie : on parle ici de bris de verre qui restent des années dans la chair, ou de fragments d’obus qui ne sont expulsés qu’après des décennies. Pour paraphraser le film d’une autre cinéaste libanaise, et maintenant, on va où ? Journal intime du Liban n’apporte pas de confortables réponses. Un vieux qui sait mieux que tout le monde n’a finalement vu que des échecs. Les rues vides du confinement sont sonnées, sans révolution, sans rien. Une femme qui tente de changer les choses se résout : « faire de la politique dans ce pays n’est pas possible ». Elle pense abandonner, puis finalement hésite. Dans ce témoignage damné, Myriam El Hajj parvient à saisir la très fragile lueur d’espoir et ce qui rend ses personnages humains.

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par Nicolas Bardot

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