Berlinale | Critique : Josephine

Après avoir été accidentellement témoin d’un crime dans un parc, Joséphine, huit ans, est traumatisée.

Josephine
États-Unis, 2026
De Beth de Araújo

Durée : 1h59

Sortie : –

Note :

ÂGE TENDRE ET TÊTE DE BOIS

« Tu es prête ? » sont les premiers mots qu’on entend dans Josephine, second long métrage réalisé par l’Américaine Beth de Araújo. Josephine est prête pour aller courir avec son papa sportif (incarné par Channing Tatum), comme pour plein de choses adaptées à une fillette de son âge, mais elle n’est certainement pas prête pour ce dont elle va être témoin dans des bois ce matin-là. Son père, paniqué comme n’importe qui le serait, ne laisse aucun espace à sa fille en voulant la protéger : ne dis rien, ne fais rien, non tu n’as pas peur. Dans ce drame psychologique incisif, Beth de Araújo raconte une réalité bien plus complexe que de simples consignes parentales à suivre.

Témoin d’un viol, la jeune Joséphine tendre et joufflue n’a même pas vraiment de mot pour qualifier ce qu’elle a vu. Elle est pourtant la principale témoin de ce crime, mais comment une fillette peut-elle témoigner auprès de policiers ou à la barre d’un tribunal quand elle est comme sidérée par le choc ? Avec une grande intelligence d’écriture, la cinéaste examine ce qui est inexplicable. Les parents (maman sage, papa muscles, chacun son rôle) passent d’ailleurs beaucoup de temps à expliquer qu’ils n’arrivent pas à expliquer. Le fonctionnement des adultes tout comme les procédures mises en place sont incompréhensibles pour une jeune enfant amenée à grandir trop vite. Particulièrement bien croqué et loin des fréquents clichés, le personnage de Josephine ne ressemble d’ailleurs jamais à une gosse qui parlerait comme une adulte.

Moins évident et là aussi particulièrement bien cerné, Josephine raconte également la solitude enfantine face à des parents ou même des adultes en général qui ne peuvent la comprendre, a fortiori dans une situation aussi particulière. Josephine est seule avec son trauma, hantée par l’agresseur. Josephine attend dans la voiture, assise aux côtés de la victime, comme invisibilisée. Le point de vue de la fillette est parcellaire, mais la société est-elle organisée, malgré tous ses protocoles, pour bien l’écouter et la comprendre ? « Nos cerveaux sont des choses délicates » dit-on dans Josephine, et de fait les interactions dans le long métrage ressemblent souvent à des parties de Mikado.

Si les adultes, malgré leur bonne volonté, peinent à trouver la bonne place pour Josephine, Beth de Araújo parvient à se mettre à sa hauteur et à son service. Par l’écriture on l’a dit, mais aussi par sa mise en scène, par l’utilisation d’une caméra subjective, également par des prises longues qui donnent suffisamment d’espace aux interprètes et, à travers elleux, aux personnages qu’iels incarnent. Lors du dernier segment de Josephine, la tension est à couper au couteau, mais celle-ci n’est jamais construite au détriment de l’émotion. Grand Prix au tout récent Festival de Sundance avant d’être présenté en compétition à la Berlinale, Josephine est un drame puissant et d’une grande honnêteté sur l’enfance blessée, la parole des enfants, l’écoute dont sont capables les adultes – et sur tout ce qui peut leur échapper.

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par Nicolas Bardot

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