Berlinale | Critique : Fwends

Em profite d’un weekend pour retrouver son amie Jessie à Melbourne.

Fwends
Australie, 2025
De Sophie Somerville

Durée : 1h32

Sortie : – 

Note :

LES GRANDES PERSONNES

Dès la première scène, Jessie est paumée, incapable de donner des indications précises au téléphone sur le lieu où elle se trouve. Jessie est pourtant dans sa propre ville, pour ainsi dire chez elle, c’est elle qui accueille Em venue spécialement de Sydney pour lui rendre visite. Les deux amies, qui s’était perdues de vue depuis quelque temps, se retrouvent en fait aisément en dépit du mauvais sens de l’orientation de Jessie. Celle-ci a hâte de faire découvrir Melbourne à Em, et les voilà immédiatement parties en promenade.

La demi-heure qui ouvre Fwends, premier long métrage de la cinéaste australienne Sophie Somerville, fait partie de ce qu’on l’a plus voir de plus spectaculairement immersif cette année à la Berlinale. Il y a des endroits qu’Em veut absolument montrer à Jessie. Elle jure qu’elle se rappelle de l’adresse et pourtant leur marche semble n’avoir aucun but ou logique. La caméra suit les deux héroïnes à travers les rues de Melbourne, ou plutôt les filme de loin, presque à la sauvette, nous mettant en position d’un piéton lambda. Accompagnée d’une petite musique décalée, leur errance dessine une drôle de cartographie, sans qu’on sache si la ville leur appartient ou si elles peinent justement à y trouver un endroit à elle. Dans ces plans d’ensemble riches de détails et d’animation, aux couleurs légèrement saturées, les actrices sont parfois perdues au milieu de la foule, parfois elles disparaissent carrément du cadre, mais ce que l’on ne perd jamais de vue c’est leur conversation (le travail sur le son est d’ailleurs à souligner).

Les deux amies parlent de tout et surtout de rien. Elles se félicitent d’avoir enfin le temps de ne rien faire et de se retrouver mais leur conversation n’arrête pas de buter sur des détails désagréables. L’une feint d’avoir la peau dure après avoir révélé par mégarde être victime de sexisme, l’autre fait semblant de rire d’elle-même et de n’avoir toujours pas enlevé les caleçons de son ex du séchoir. Le titre du film évoque ce à quoi ressemblerait le mot « amies » s’il était prononcé avec une voix de bébé . Passé les retrouvailles où elles exposent, comme pour s’en convaincre elles-mêmes, les signes extérieur de leur vie de jeunes adultes sûres d’elles (emménager seule dans une nouvelle ville, se rebeller contre son patron), Em et Jessie régressent effectivement vers des bêtises enfantines, des jeux débiles faits de bijoux fantaisie et de tenues clownesques, mais aussi de beaucoup de mélancolie.

Passant de détails joyeusement absurdes (une voix off française et snob soudain sortie de nulle part) à des vérités qui blessent, Fwends cherche le mordant de plusieurs façons différentes et ne réussit pas à chaque coup. Ces changements de registres génèrent un rythme parfois imparfait, mais il y a une singularité attachante qui se dégage de ce cocktail qui dépeint le passage à l’âge adulte comme un mélange de néons, d’amertume et de fantaisie.

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par Gregory Coutaut

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