Festival de Sundance | Critique : Extra Geography

Dans un internat anglais pour filles, deux meilleures amies affrontent les défis de l’adolescence (l’amitié, les garçons, les études) et se lancent dans leur projet de fin d’études : tomber amoureuses.

Extra Geography
Royaume Uni, 2026
De Molly Manners

Durée : 1h34

Sortie : –

Note :

L’ÉDUCATION SENTIMENTALE

Dans un pensionnat pour jeunes filles, deux adolescentes font un pacte. Cela pourrait être les prémices d’un film d’horreur mais c’est plutôt d’une comédie gentiment lunaire dont il est question ici. Minna et Flic (oui, c’est son prénom) sont des amies si inséparables que le monde extérieur reste un vague bruit de fond pour leur discussions quotidiennes. Vêtues du même uniforme, finissant les phrases l’une de l’autre, déconnectées des comportements ados normaux à force de ne s’intéresser que l’une à l’autre, elles ressembleraient presque à Tweedledum et Tweedledee d’Alice aux pays des merveilles. Avides de devenir des femmes du monde et conscientes qu’elles vont bien devoir finir par composer avec leurs semblables, elles se lancent alors dans ce qu’elles nomment leur projet de fin d’année : tomber amoureuses coûte que coûte du premier venu qui croisera leur route.

Le pensionnat où se déroule l’intégralité d’Extra Geography a beau ressembler à un manoir particulièrement cossu, le film ne joue pas la carte d’une analyse sociale réaliste du mode de vie des privilégiés. Il s’agit plutôt d’un décor dont la luxuriance colle à la dimension fantasque de ce récit d’apprentissage absurde. Avec son sens aigu du décor, son ironie cool et son appétit pour l’artifice assumé, la cinéaste Molly Manners évoque moins le cinéma social britannique que Wes Anderson, la symétrie en moins. Pour ses deux héroïnes, la carte du tendre est une chasse au trésor sans queue ni tête, filmée avec moults violons entrainants et couleurs dynamiques.

Le hasard veut que la personne sur laquelle Flic et Minna jettent leur dévolu soit une femme, leur timide prof de géographie (d’où le titre, que l’on peut traduire par « géographie renforcée »). Molly Manners prend le parti étonnant de ne jamais se focaliser sur les enjeux queer de cette inversion inattendue, mais elle ne les remplace pas par grand chose non plus hormis quelques références shakespeariennes. Le cheminement des héroïnes vers la maturité et la normalité n’est pas la partie la plus fluide d’Extra Geography, qui peine à maintenir le vif cap de son premier tiers tout en moquerie piquante. C’est paradoxalement quand il cherche la profondeur que le film semble avoir le moins de choses à dire, mais l’ensemble sait conserver jusqu’au bout ses atours visuels qui le démarquent du tout venant.

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par Gregory Coutaut

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