Mohamed, ouvrier sidérurgiste, ravagé par la mort de son ami dans un accident, vit avec un éclat de métal rouillé logé dans le crâne. À mesure que la rouille gagne son corps, il affronte la corruption et se mue en symbole de résistance et de sacrifice.
Exile
Tunisie, 2025
De Mehdi Hmili
Durée : 2h07
Sortie : –
Note : ![]()
VISION D’IMAGES
C’est déjà à Locarno que le cinéaste tunisien Mehdi Hmili s’était fait repérer : c’était en 2021 en section Cinéastes du présent, avec son premier long métrage Streams. C’est encore à Locarno mais cette fois-ci hors compétition qu’il revient aujourd’hui avec Exile. Le long métrage nous fait découvrir dès la première séquence son éloquent décor industriel : une usine métallurgique qui semble à la fois sortie du passé et d’un film de science-fiction minimaliste. Hmili baigne tout le film d’un sépia ocre puissant et pour tout dire assez anxiogène à la longue mais qui met en valeur l’inquiétante beauté de ce bâtiment.
L’usine parait d’abord abandonnée mais des hommes continuent pourtant d’y travailler dans des conditions dangereuses. C’est d’ailleurs une explosion qui lance à proprement parler le récit. Mohammed sort de celle-ci vivant mais avec un bout de métal incrusté dans le cou, et avec une immense soif de rétribution. Or, chaque explication sur l’origine de l’accident qu’il demande à ses supérieurs ne va faire qu’ouvrir les portes d’une inquiétante menace de plus en plus grande.
Exile est un film noir, mais de par son atmosphère il se rapproche de la vague contemporaine de films tunisiens aux métaphores sociales plus ou moins fantastiques, de Black Medusa à La Source en passant par les films d’Ala Eddine Slim (Exile s’ouvre d’ailleurs sur un très gros plan d’œil, comme un écho d’un plan similaire récurrent dans Sortilège). Suggéré plus que factuellement franchi, ce trouble est moins présent dans un scénario trop fidèlement cloué aux archétypes du genre (chaque personnage ressemble un peu trop à une formule) mais il est servi par une mise en scène qui sait, le moment venu, offrir des visions brèves mais puissantes. Le résultat est imparfait mais témoigne du potentiel d’un cinéaste qui sait avoir l’œil.
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par Gregory Coutaut
