Rien ne va plus dans la vie d’Élise : engluée dans une relation toxique avec Léopold, elle se retrouve propulsée à la tête d’une troupe de théâtre, suite à la mort soudaine du metteur en scène dont elle était l’assistante. Submergée par des crises de panique, Élise vacille. Mais peut-être est-ce dans cette confusion qu’elle parviendra à se libérer de ses emprises et à reprendre le contrôle de sa propre vie ?
Elise sous emprise
France, 2025
De Marie Rémond
Durée : 1h26
Sortie : 13/05/2026
Note : ![]()
MOURIR SUR SCÈNE
Dans un cercle de parole, une âme blessée se confie sur son mal : « les gens, ils ne le voient pas forcément ». En un cut de comédie, on découvre Élise, l’héroïne éponyme du long métrage, avec un gros bandage autour de la tête. Avec Élise, les gens le voient forcément : Élise est névrosée, Élise a plein de problèmes. Élise sous emprise est le premier long métrage de Marie Rémond, qu’on a pu voir en tant qu’actrice dans Jeune femme, Le Consentement ou Les Fantômes mais qui a peut-être davantage été repérée au théâtre où elle a reçu le Molière de la révélation féminine en 2015. Elle interprète aussi ici le rôle principal.
Élise, justement, travaille dans le monde du théâtre. Elle est l’assistante d’un metteur en scène chevronné, aux formules plus pédantes les unes que les autres. Rémond porte un regard plutôt mordant sur la scène, remplie de personnes qui savent tout, ont un point de vue sur tout. Et quand on bégaie en réponse à la moindre question comme la fragile Elise ? Comment vivre sur la scène du théâtre ou celle de la vie quand tout est labyrinthe, quand tout rapport social génère de l’angoisse, quand on regarde le monde comme derrière la buée d’un casque ? Le monde n’est simple pour personne mais surtout pas pour l’héroïne du film dont la phobie n’est pas les araignées géantes ou les serpents exotiques mais… les transports en commun – ce qui peut être fâcheux quand on est comme elle une citadine.
Marie Rémond signe une comédie malaise dont le métronome peut aller parfois plus franchement vers la comédie, mais qui n’a pas peur régulièrement de pencher vraiment vers le malaise. Voilà qui donne du relief à ce film humble, qui ne prétend pas réinventer la roue en termes de mise en scène ou d’écriture. Mais la petite musique cassée de Marie Rémond est efficace ; elle sait écrire avec justesse les blessures quotidiennes comme le mal au travail (même si c’est une passion comme le théâtre) ou le sentiment permanent d’imposture. Élise est un être fragile, soit la proie préférée des connard toxiques et des professionnels du gaslighting. Derrière le rire il y a de la violence dans les rapports, mais aussi beaucoup de tendresse dans le regard de la cinéaste. « Pas si simple de comprendre réellement ce pour quoi on est fait » dit le personnage singulier incarné par Gustave Kervern, une note d’intention peut-être un peu littérale mais c’est le point de vue chaleureux du long métrage qui compte avant tout.
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par Nicolas Bardot
