Berlinale | Critique : El Tren fluvial

Milo, un garçon de 9 ans vivant dans un village reculé, veut s’échapper de chez lui et entreprend un voyage vers la grande ville. Pour réussir sa quête, il doit élaborer un plan qui lui permettra de trouver son indépendance.

El Tren Fluvial
Argentine, 2026
De Lorenzo Ferro et Lucas A. Vignale

Durée : 1h15

Sortie : –

Note :

JE MONTE DANS LE TRAIN

Milo a des rêves en tête mais visiblement, personne dans son entourage n’a pensé à lui poser la question. Il fera ce que son père a décidé, c’est tout, et il aura intérêt à adopter la rigueur nécessaire à cet apprentissage quitte à se plier à un entraînement quasi militaire jusque dans sa chambre à coucher de garçonnet. « Ne pense pas » lui répète-t-on d’ailleurs en boucle. Cet archétype familial bien identifié, El Tren fluvial le retourne comme une chaussette : ce dont Milo rêve en secret c’est de faire du foot, ce que son père attend de lui c’est qu’il devienne danseur professionnel. On ne parle pas de n’importe quelle danse, d’ailleurs. Héritage traditionnel, le malambo est exclusivement une affaire masculine, pratiquée avec beaucoup de concentration et un visage impassible. En filmant les scènes d’entrainement sans aucune musique pour les accompagner, le film donne à cette danse une dimension particulièrement étonnante. Mais le voyage a à peine commencé.

Celles et ceux qui, à la lecture de ce premier paragraphe s’attendraient à un Billy Elliot sud américain peuvent laisser leurs a priori à l’entrée. Radicalement imprévisible, El Tren fluvial propose une pérégrination très différente, difficile à réduire en un unique pitch. Le jeune héros quitte bien vite son cocon familial pour aller réaliser son souhait de découvrir la capitale. Il prend le premier train venu et c’est comme si à ses côtés nous nous engagions dans un monde inconnu. La répétition hypnotisante des rails et l’immobilité des voyages en train ont souvent fait de ce mode de transport le symbole d’une pénétration de l’inconscient. El Tren fluvial ressemble en effet à un rêve, locomotive lancée vers l’inconnue.

Récit picaresque (davantage que récit d’apprentissage traditionnel) où l’onirisme est présent à chaque étape, El Tren fluvial est un nouvel exemple de la formidable inventivité de la nouvelle génération de cinéastes argentins. « Faire un cinéma qui accompagne plutôt qu’un cinéma qui montre la seule voie », voilà l’intention des deux cinéastes Lorenzo Ferro et Lucas A. Vignale. Ils composent ici une série de tableaux d’une très grande beauté (ces cadrages, ces couleurs !) au dessus de laquelle plane souvent une brutalité silencieuse par moments quasi burlesque. Ce sentiment d’être mené par le bout du nez peut par moments mettre la patience à l’épreuve et certaines rencontres surréalistes paraissent certes gratuites, mais à force de visions et de mystère, El Tren fluvial compose un authentique vertige qui en font l’une des propositions les plus singulières de la section Perspectives de la Berlinale.

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par Gregory Coutaut

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