Festival Chéries-Chéris | Critique : Chien-Chien

En vacances avec sa copine et des amis, Juan tombe sur un homme abandonné. Il décide de le nourrir, de s’occuper de lui et de l’aider à se nettoyer. Elle le prévient que l’homme s’attachera à lui et rappelle à Juan qu’ils ne peuvent pas le ramener à Buenos Aires. Mais au fil des jours, un lien inattendu et intense se forme entre Juan et l’étranger, un lien qui s’avérera presque impossible à briser.

Chien-Chien
Argentine, 2025
De Marco Berger

Durée : 1h41

Sortie : –

Note :

UN SOIR, UN CHIEN

Quelques mois à peine après la sortie française des Amants astronautes, le cinéaste argentin Marco Berger présente déjà son nouveau long métrage au Festival de Varsovie. Berger continue de suivre le fil rouge de toute sa filmographie : les liens intimes et informulés qui peuvent relier les mecs hétéros aux mecs gay, mais il examine cette fois la situation sous un angle plus métaphorique que d’habitude. La scène d’ouverture, qui voit deux jeunes femmes chasser un homme nu égaré dans leur jardin, lance une piste burlesque et farfelue. On ne peut pourtant pas dire que la suite de Chien-Chien soit secoué par le rire. Berger privilégie au contraire un ton à la mystérieuse simplicité.

Un jour, Juan et son pote aperçoive de loin un animal dans la forêt, laissé hors du champ de la caméra mais dont les dialogues laissent à penser qu’il ne peut s’agir que d’un chien. Or quand ce chien apparait finalement dans le cadre, on réalise que ce dernier est interprété par un acteur. Sans qu’aucune explication de soit donné à ce décalage surréaliste, le récit suit son chemin tranquille : attendri, Juan décide d’adopter ce chien errant au moins pour le temps des vacances. En 1972, Catherine Deneuve jouait une femme acceptant de devenir la chienne de son amant dans le pas très féministe Liza de Marco Ferreri. Ironiquement, Chien-Chien n’évite pas entièrement une misogynie similaire à cause du personnage de la fiancée de Juan, qui passe son temps à dire non pour finalement dire oui, mais il réchappe au moins à la lourdeur de Ferreri en évacuant tout sous-entendu sexuel.

Chien-Chien n’est en effet pas du tout un film choc sur une relation SM ou une séance de minuit sexy/tordue, et ce malgré la nudité permanente de l’acteur jouant le toutou. A moins justement d’interpréter l’imperturbable sérieux du film comme une forme de edging, refusant de donner aux spectateurs la dose d’érotisme qu’offrent tous les précédents films du cinéastes. L’effort que fait Berger pour imposer ce sérieux (noir et blanc, lenteur, récit sans grands événements) a presque quelque chose d’arbitraire, d’un peu forcé, mais cela a le mérite d’apporter un rafraichissant coup de neuf à sa filmographie charmante mais aux formules déjà bien identifiées. Sans doute le film le moins prévu et prévisible de son auteur.

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par Gregory Coutaut

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