Un jeune homme nommé Julian déménage à New York. Il loue une petite chambre et un jour, alors qu’il repeint celle-ci, il trouve un livre ainsi qu’un dessin crayonné d’un cerf. Après quelques recherches préliminaires, il réalise que ces objets ont peut-être été laissés par une personne qui a apparemment disparu deux décennies plus tôt. Après avoir échoué à déchiffrer les indices qu’il a trouvés, Julian se rend compte qu’il ferait n’importe quoi pour résoudre le mystère…
Debut, or, Objects of the Field of Debris as Currently Catalogued
États-Unis, 2025
De Julian Castronovo
Durée : 1h18
Sortie : –
Note : ![]()
CONTRE L’INTERPRÉTATION
Tout commence par un catalogue. Alors qu’une voix off docte nous invite à rentrer dans le film (« il faut que je vous raconte une histoire »), les premières images ne consistent qu’en une succession de plans fixes sur un ensemble d’objets hétéroclites, un diaporama situé quelque part entre le ready-made et le bureau des objets trouvés. Cela ressemble à un documentaire et pourtant nous sommes en pleine fiction… quoique. Ce « quoique » est justement le grain de sel qui va donner toute sa singularité à ce film d’enquête inclassable. Le cinéaste américain Julian Castronovo, qui signe ici son tout premier long métrage, apparaît à l’écran dans son propre rôle. Il est même quasiment l’unique personnage de ce film tourné en grande partie à la webcam. Le résultat ne ressemble pourtant jamais vraiment à une simple vidéo pour réseaux sociaux.
Julian est un jeune artiste qui, dans un appartement qu’il occupe momentanément, découvre par hasard un coffre rempli d’archives étranges, qui le lance sur la piste de Fawn Ma, une artiste chinoise aux performances inquiétantes. La quête du sens de ces dernières va devenir pour Julian une obsession dangereuse qui va le couper du monde, comme s’il s’apprêtait à rentrer dans une dimension parallèle. Dans sa forme même, le film cherche à générer chez le spectateur une perte de repère similaire : par son ton extrêmement sérieux entrecoupé d’éclats comiques ou grotesques, mais aussi via une mosaïque de différentes natures d’images (vidéos de surveillance, archives personnelles aux gros pixels). L’ensemble n’est certes pas toujours facile d’accès mais conserve une dimension imprévisible jusqu’au bout.
Rien que par son titre impossible à retenir, Debut, or, Objects of the Field of Debris as Currently Catalogued (qu’on pourrait traduire par « Début, ou Objets du domaine des débris tels qu’actuellement catalogués ») refuse fièrement d’être rangé dans une case trop évidente. S’il fallait néanmoins à tout prix le ranger quelque part, ce serait en belle compagnie, dans un domaine fantastique bien particulier proche du premier film de Jane Schoenbrun We’re All Going to the World’s Fair (pour son atmosphère bricolée/hypnotique) et le roman culte e Mark Z. Danielewski, La Maison des feuilles (pour sa structure labyrinthique toute en parenthèses fantastiques). On sort de ce numéro d’art fauché avec l’impression précieuse et confuse à la fois d’avoir fait un rêve entêtant.
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par Gregory Coutaut
