Festival CPH:DOX | Critique : Daughters of the Forest

Au cœur des forêts du Mexique, deux mycologues indigènes cherchent à réconcilier le passé et le présent tout en réimaginant l’avenir pour elles-mêmes et pour le monde en mutation qu’elles habitent.

Daughters of the Forest
Mexique, 2026
De Otilia Portillo

Durée : 1h35

Sortie : –

Note :

LES CHAMPIGNOUX, ILS SONT COMME NOUS

Les orages qui ouvrent Daughters of the Forest, leur foudre qui déchire la nuit et leur tonnerre retentissant, nous ramènent à notre place – toute petite – à l’échelle de la nature. Le documentaire de la Mexicaine Otilia Portillo Padua, dévoilé en compétition au Festival CPH:DOX, traite justement de ce qui se trouve à nos pieds, peut-être même sous nos semelles si nous ne prêtons pas suffisamment attention : des champignons. « Derrière chaque champignon il y a une histoire » nous assure-t-on dans Daughters of the Forest. De fait, le long métrage s’avère bien plus riche qu’un simple exposé scolaire sur la nature.

Daughters of the Forest est un récit scientifique. Un récit en blouse, un récit au microscope. Mais c’est aussi un conte mystique, une histoire de croyances anciennes parcourue de motifs de science-fiction. Il y a tout ça dans un champignon, qu’on peut examiner de bien des manières différentes. Un champignon permet de se nourrir, de se soigner, de voir le futur. Ils peuvent être discrets ou gros comme un micro, bienfaisants ou mortels. L’observation nocturne de champignons ressemble à un rituel magique, plus tôt on tapote le champignon comme on tapoterait le dos d’un bébé. Les champignons semblent appartenir au quotidien ; Otilia Portillo Padua en observe les nombreux mystères.

Pour ce faire, la réalisatrice effectue des prises de vue souvent surprenantes, avec un remarquable travail sur les échelles. Des vues depuis des champignons, ou encore la caméra qui abandonne les personnages humains pour s’enfoncer dans la nature ou s’enfoncer sous terre. Tout cela se mêle et communique dans Daughters of the Forest : la nature nous parle (littéralement : dans le film, les champignons s’adressent à nous) et le documentaire nous invite à nous reconnecter à la nature. Ça n’est pas un manuel de développement personnel new age – c’est une question d’identité.

Otilia Portillo Padua filme la transmission d’un savoir traditionnel, une transmission qui traverse ici les générations. Ce savoir est sous-estimé, a fortiori parce qu’il est porté par des femmes indigènes. Le remettre au centre de la vie, c’est se rapprocher certes de la nature mais aussi de soi-même, et c’est même une question politique. A l’heure d’une terrible déforestation, on sait bien ici que sans forêt, il n’y a pas de vie. Le soin sonore enveloppant et l’usage inspiré de la lumière participent à faire de Daughters of the Forest une expérience pas comme les autres.

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par Nicolas Bardot

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