Lorsque l’adolescente fugueuse Ju-Ju est accueillie par une tribu de jeunes marginaux à Kabukicho, elle trouve pour la première fois un sentiment d’appartenance — jusqu’à ce que la trahison et le désespoir transforment son refuge en prison, et qu’il ne lui reste qu’une seule façon de reprendre le contrôle.
Burn
Japon, 2026
De Makoto Nagahisa
Durée : 1h43
Sortie : –
Note : ![]()
ATTENTION ÇA BRÛLE
Venu de la publicité, le Japonais Makoto Nagahisa a été révélé au cinéma en 2019 avec son premier long métrage Little Zombies. Little Zombies est un film débordant de couleurs, dynamité par une énergie rock, interprété par un casting de jeunes interprètes – autant d’ingrédients qui semblent remplis de vie… alors qu’il s’agit avant tout d’un récit dénué de tout espoir. Néanmoins, malgré les thématiques morbides de cette très singulière fantaisie, Little Zombies semble presque optimiste comparé au nouveau cauchemar bariolé de Nagahisa, Burn, qui vient de faire sa première mondiale au Festival de Sundance.
Burn utilise une recette et des outils assez proches de Little Zombies : en témoigne par exemple la séduisante fumée rose étoilée qui ouvre le long métrage, qui symbolise en réalité… un incendie. Il faut se méfier des feux d’artifice visuels chez Nagahisa : ceux-ci semblent davantage traduire un désespoir qu’une joie. Quelle tenue délicieusement kawaï avez-vous choisi de porter pour assister à la fin du monde ? Voilà une question que Burn pourrait nous poser. Plus pragmatique, l’héroïne Ju-Ju nous demande : « Vous voulez savoir pourquoi j’ai mis le feu à cet endroit ? ». Dans ce monde où les humains ne sont rien que des fourmis, Burn remonte le temps, et nous présente une fillette victime de violences familiales, passant des années à prier pour que son père meurt.
« Les exclus de la société devraient se soutenir », entend-on dans Burn. C’est effectivement le chemin qu’on croit voir se dessiner dans le long métrage : le récit d’émancipation d’une jeune fille abimée par la vie et qui va trouver sa famille choisie. On n’en dévoilera pas trop sur l’intrigue labyrinthique de Burn, à la narration aussi chaotique que Little Zombies, mais Makoto Nagashisa n’est pas devenu, en quelques années, un réalisateur de feel-good-movies. Il en a pourtant tout le vocabulaire visuel : Burn est absolument chatoyant, porté par une inventivité grisante. Mais cette approche maximaliste vient travailler la crise de foie : les jeunes protagonistes sont comme pris.es dans les chocs rayonnants des auto-tamponneuses, jusqu’à ce que les faux accidents du manège deviennent de vraies tragédies dans la vie.
Sous les lumières, l’enfer. Tout cela est festif, tout cela ressemble à un gros paquet de bonbons. Burn peut évoquer un croisement des cinémas de Tetsuya Nakashima et Sono Sion. Le film est haut en couleur mais son fond est sombre ; lorsqu’on ôte le gloss, il n’y a plus guère d’humanité ni d’espoir. Nagahisa fait preuve d’une habileté impressionnante, mais ce paradoxe rose-noir n’est pas complètement inédit dans le cinéma japonais contemporain. Là où le film gagne en consistance, c’est quand il enlève ses parures, lorsque le bleu désabusé finit par le recouvrir, lorsqu’il embrasse sa profonde mélancolie. De joyeusement surlooké, le long métrage finit nu, plus près de l’émotion. Ca ne le rend pas mièvre pour autant : dans Burn, pas de pitié pour les pères, pas de pitié pour les mères, il faut tuer tout le monde. L’existence est une punition collective, à commencer pour les jeunes. A commencer pour Ju-Ju. Ce long métrage gonflé s’achève dans une noirceur insensée qui lui donne un relief supplémentaire.
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par Gregory Coutaut
