Dans ce portrait familial intime, le réalisateur documentaire Tom Fassaert observe la relation entre son père Rob (72 ans) et son frère aîné René (75 ans). Ce qui commence comme un film tragicomique sur leur dynamique inhabituelle – l’un étant psychologue depuis de nombreuses années, l’autre patient en psychiatrie – se transforme en une recherche émouvante de leurs racines inconnues.
Between Brothers
Pays-Bas, 2026
De Tom Fassaert
Durée : 1h46
Sortie : –
Note : ![]()
CARNETS DE FAMILLE
A Family Affair (soit une affaire de famille) était le titre du précédent film du Néerlandais Tom Fassaert. Le cinéaste y faisait le portrait de sa grand-mère, qui confessait alors face à la caméra avoir abandonné ses deux fils de son plein gré pour aller joyeusement vivre sa vie sous d’autres latitudes. Ces deux garçons devenus adultes, le père et l’oncle du Fassaert sont aujourd’hui au cœur de Between Brothers. C’est à eux que le cinéaste donne la parole aujourd’hui, mais il n’est pas nécessaire d’avoir vu A Family Affair pour apprécier ou même comprendre Between Brothers. Il y est assez peu question de leur mère (aujourd’hui décédée) et comme l’indique le titre du film, c’est avant tout de leur relation à tous les deux dont il est question.
Les deux frères sont aussi différents que s’il s’agissait de personnages de comédie, et l’un est aussi avenant que l’autre est ténébreux. Le père de Fassaert a fondé une famille, tandis que son frère vit dans une solitude volontaire (seul son frère est autorisé à pénétrer chez lui). Le père possède une patience et une sagesse toute thérapeutique, tandis que l’oncle souffre indéniablement de trouble psychologiques. Ce jeu des contraires apporte au documentaire un ton doux amer qui menace souvent de ne pas tenir la longueur et de virer à la charmante répétition, jusqu’à ce qu’un nouveau niveau de lecture vienne se dévoiler.
L’oncle vit dans un appartement social rendu particulièrement exigu par l’accumulation de journaux, carnets et autres documents anecdotiques et jamais relus. Cette manie est gentiment moquée par le père du cinéaste. Il faut dire que papa a une occupation jugée plus noble ou utile : il filme sa famille en super 8 depuis de nombreuses années. La sympathique ironie de Between Brothers consiste à faire progressivement réaliser à ses deux héros que ces films de famille supposément précieux ne concernent que des micro événements sans intérêts pour des spectateurs extérieurs, et qu’ils ne révèlent rien de rien sur le traumatisme vécu par ces deux frères dans l’enfance. Le film va même plus loin : contre toute attente, il s’avère que ce sont les carnets à gribouillages de l’oncle qui contiennent entre les lignes des indices sur des points non-résolus de leur histoire familiale.
Le film aurait pu poursuivre cette piste mordante mais retrouve dans sa dernière partie les rails plus classiques du documentaire d’enquête familiale, de visites aux archives locales en visite d’anciens appartements. La dimension touchante de Between Brothers ne se trouve pas dans la puissance d’une vraie résolution, mais dans la révélation douce-amère de l’impossibilité à archiver, contrôler et tout simplement comprendre la complexité d’une histoire de famille.
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par Gregory Coutaut
