La réalisatrice explore différentes expériences personnelles du burn out tout en examinant leur dimension collective.
Action Item
Slovaquie, 2025
De Paula Ďurinová
Durée : 1h09
Sortie : –
Note : ![]()
CREVER SOUS LE CAPITALISME
En 2017, la réalisatrice belge Sophie Bruneau signait Rêver sous le capitalisme, un documentaire dans lequel une douzaine de personnes évoquaient des mauvais rêves qu’elles ont pu faire, la nuit, au sujet de leur travail, de jour. Ce n’est pas un documentaire de têtes parlantes : à l’image se succèdent des plans de bureaux vides, de parkings, de RER nocturne. A travers ce dispositif, le film, très attentif à la parole, explorait comment la souffrance suscitée par le néolibéralisme ne s’arrête pas aux horaires de bureaux et reste en tête, chez soi – et même sous la couette. Le dispositif mis en place par la Slovaque Paula Ďurinová est assez voisin : différent.es protagonistes évoquent leur burn out sans nécessairement être filmées, tandis que la caméra traduit les émotions de diverses manières.
« Diverses manières » est une description bien floue mais c’est aussi là le sujet d’Action Item : comment, en état de souffrance, de burn out, de dépression, mettre le doigt sur une sensation, trouver les mots justes pour encercler une émotion qui nous dépasse ? Cette difficulté à poser des mots semble commune dans Action Item, et le film nous invite dans ces introspections solitaires. Les images de villes sont sans humains, ou alors lointains. Dans un groupe de paroles, Paula Ďurinová filme les visages en gros plans, décadrés, comme morcelés. Difficile d’avoir une image nette et définie lorsque des émotions qu’on ne peut pas nommer finissent par paralyser. « C’est difficile de dire exactement quand mes soucis ont commencé », confie la première intervenante.
L’expérience solitaire, par l’accumulation de témoignages mais aussi par l’échange, devient une expérience partagée dans Action Item. Des personnes souffrent mais ça n’est pas nécessairement une affaire personnelle : c’est aussi une affaire politique. « Tout le monde est angoissé », commente t-on. Des images de fêtes foraines apparaissent en contrepoint. Parfois, c’est tout simplement un écran noir qui accueille la parole. Mais Paula Ďurinová nomme les choses : derrière les mécanismes d’adaptation, derrière la douleur ou le sentiment de culpabilité, il y a la responsabilité du néo-libéralisme. Ďurinová suggère la manière dont la violence normalisée, la violence politique, la violence de la répression policière, envahissent la psyché et la pourrissent. Il y a bien des câlins muets, il y a bien des siestes dans l’herbe au fil d’Action Item, mais l’actuelle violence politique est ici dépeinte comme le pire et le plus insidieux des poisons.
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par Nicolas Bardot
