En 1870, la ville de Friendship, dans le Wisconsin, endure un été chaud et sec. La petite ville tourne autour de Jacob Hansen, un héros de la guerre de Sécession américaine qui, malgré ses nombreuses réalisations, est incapable de se libérer de la violence et des ténèbres de son passé de soldat. Se sentant obligé d’expier les torts qu’il a commis, Jacob prend la responsabilité non seulement de subvenir aux besoins de sa jeune famille mais aussi d’assumer les rôles de shérif, de croque-mort et de pasteur pour Friendship. Il considère ainsi que Friendship est sous sa protection – une prétention qui va le hanter lorsque la ville est frappée par une épidémie que le médecin local ne peut contenir.
A Prayer for the Dying
Norvège, 2026
De Dara Van Dusen
Durée : 1h35
Sortie : –
Note : ![]()
AU-DESSUS DU VOLCAN
C’est un spectaculaire monochrome jaune, ce sont des flocons d’or qui tombent du ciel ? A moins qu’il ne s’agisse d’un incendie infernal, et de cendres. Dévoilé dans la compétition Perspectives à la Berlinale et premier long métrage de l’Américaine établie en Norvège Dara Van Dusen, A Prayer for the Dying réserve de toute façon beaucoup de place aux interprétations et laisse les explications scolaires de côté. Le film s’ouvre dans un décor de western, mais comme la jeune cinéaste n’aime visiblement pas nous donner toutes les clefs d’un coup, A Prayer… ressemble finalement moins à un western qu’à un film d’horreur gothique.
Adapté du roman Un mal qui répand la terreur de l’Américain Stewart O’Nan, paru chez nous en 2001, A Prayer for the Dying suit un héros de la Guerre de Sécession visiblement en difficulté avec sa conscience, et qui se met en tête de devenir le protecteur d’une petite ville américaine. Las, celle-ci est victime d’une épidémie mystérieuse. Également sélectionné à la Berlinale et visible d’ici peu dans les salles françaises, Le Testament d’Ann Lee de la Norvégienne Mona Fastvold a comme parti-pris allégorique de dépeindre l’Amérique comme une terre fondée par des illuminés. Chez Dara Van Dusen, même si sa lecture peut être parfaitement libre, l’Amérique semble avoir été fondée… par des enragés.
De vifs panoramiques en zooms brutaux, la caméra dans A Prayer for the Dying (fantastique travail de la part de l’Américaine Kate McCullough) semble à la fois savoir exactement où aller, tandis que, dans notre siège, on ne sait jamais ce qu’on va regarder. Ce conte hanté a la qualité envoûtante des slowburners, et ses visions mentales ouvrent la porte d’un imprévisible imaginaire. Faites entrer le cirque et son étrangeté dans ce très curieux film qui n’est jamais vraiment là où on l’attend (comme ce format d’image qui déjoue les attentes classiques du western) mais qui parvient à composer une œuvre cohérente et maîtrisée.
Dans son soufflant segment final, l’ambition formelle d’A Prayer for the Dying rappelle les puissantes évocations infernales d’un Lars Von Trier. L’incendie sur terre filmé comme un geyser de lave qui a remplacé le ciel est une peinture hallucinée qui fait écarquiller les yeux. Cette fable à la fois directe et secrète, factuelle et abstraite, brutale et évanescente, signale le talent extrêmement prometteur de son ambitieuse réalisatrice.
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par Nicolas Bardot
