Sara, dix-sept ans, cache un secret pendant une sortie scolaire. Lorsque la sortie tourne mal et qu’elle est témoin de l’agression sexuelle de son amie Lina, les deux filles tentent de rompre le cycle de la violence ordinaire.
17
Macédoine du Nord, 2026
De Kosara Mitić
Durée : 1h45
Sortie : –
Note : ![]()
Á SA PLACE
Un voyage scolaire se prépare, tous les élèves de la classe de Sara sont priés de calmer leur excitation et de monter dans le bus rapidement comme prévu, merci bien. Quelle est la destination en fait ? Médusés et furieux d’apprendre qu’ils se rendent au musée plutôt qu’à la plage, la plupart des camarades de Sara n’ont pas l’air d’avoir anticipé la chose avec beaucoup de jugeote. Il faut dire que ce car de tourisme rempli d’ados bruyants offre un sacré microcosme d’hédonisme irresponsable. Autour de l’héroïne, les autres filles sont soit des bimbos soit d’inoffensives nunuches, et les mecs sont des caïds qui haussent le ton et cherchent la bagarre à la moindre occasion. On a beau être ici en plein cinéma d’auteur européen, cette brochette-là ressemble à un casting idéal de victimes prêtes à être sacrifiées dans un slasher américain.
Pas étonnant que Sara ait du mal à choisir à côté de qui s’asseoir dans la scène qui ouvre 17. Elle peut néanmoins compter sur une présence fidèle à ses côtés : celle de la caméra de la cinéaste macédonienne Kosara Mitić (qui signe ici son premier long métrage). Du début jusqu’à la fin du film, Mitić reste au plus près de son héroïne toujours en mouvement mais sur laquelle semble planer un sombre nuage. Sara est presque tout le temps filmée de profil, ce qui change du cliché cinématographique consistant à souligner la solitude d’un personnages en le filmant toujours de dos. C’est un peu comme si nous, public, étions l’unique personne méritant de s’asseoir à côté de Sara et de partager son parcours intime du combattant.
Kosara Mitić ne tarde pas à nous révéler le secret de Sara : la grossesse qu’elle dissimule à tout le monde touche bientôt à son terme. Le format resserré de l’image invite à se concentrer sur l’action, et 17 est effectivement un film nerveux, presque un film de survie, épousant une formule qui évoque 4 mois 3 semaines et 2 jours. L’écho de ce modèle cinématographique est tel qu’on se retrouve parfois avec un sentiment de temps d’avance sur le scénario. Sara prend sur elle, gère sa situation et celle d’une amie elle aussi victime de la violence masculine, jusqu’à ce qu’elle ne puisse plus en prendre davantage sur les épaules.
Si ce portrait d’adolescente est familier, Kosara Mitić le met en scène avec une poigne qu’on aimerait croiser davantage. Le travail sur le son vient souligner l’isolement de Sara, assommée de doutes intérieurs au milieu d’une cacophonie de sales petits mecs, et le dernier acte filmé quasiment en temps réel (la meilleure séquence du film) nous invite à nouveau à ne pas lâcher la main de son héroïne dans un geste à la fois chaleureux et tendu. Nul ne réalise l’épisode traumatisant que Sara traverse. Les choix de mise en scène de Mitić traduisent intelligemment comment la souffrance des jeunes filles est souvent minimisée et invisibilisée. 17 ne fait l’impasse ni sur la dure réalité de la douleur (l’horreur évoquée au début s’avère de nature très réelle), mais offre aussi un espoir en dépeignant sans naïveté la sororité comme une porte de sortie possible.
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par Gregory Coutaut
