Dans un décor luxuriant et paisible de l’est des Philippines, le destin d’une communauté est mis à mal lorsqu’un meurtre vient diviser un groupe de jeunes ami·e·x·s.
I Grew an Inch When My Father Died
Philippines, 2026
De P. R. Monencillo Patindol
Durée : 1h13
Sortie : –
Note : ![]()
PAPA EST MORT
Au Philippines, dans un coin de jungle presque coupé du monde contemporain, un drame a lieu. Il a lieu hors-champ, avant le début du fim, et ses détails en sont tus. On entre dans I Grew an Inch When My Father Died en n’en sachant guère plus que ce que savent les trois jeunes protagonistes du film, qui semblent par moments être les seules créatures vivantes à habiter ce coin du monde. Le père de Ge et Kenken vient d’être tué lors d’un règlement de comptes. Le père de Ricor est en vraisemblablement le coupable. A peine entrés dans l’adolescence, ces trois garçons se retrouvent avec un héritage digne d’une malédiction fantomatique sur les épaules. Pourtant, tout va bien ou presque.
Pour son tout premier long métrage, le cinéaste P.R. Monencillo Patindol ne manque pas d’ambition. Il déjoue les enjeux archétypaux du film de vengeance en privilégiant, plutôt que l’engrenage tragique attendu, une compilation de micro événements et d’errances bucoliques dans les vies de ses personnages. Le film possède en conséquence un rythme immersif très particulier qu’il serait tentant de comparer à l’œuvre de Lav Diaz mais les scènes sont ici très courtes. Le résultat est certes bien exigeant en termes de contemplation, mais la perte de répères narratifs qu’il propose possède paradoxalement une certaine nervosité, à mesure que plans fixes et caméra à l’épaule s’alternent de manière imprévisible.
L’ambition du cinéaste est également visuelle et à ce titre, I Grew an Inch… est une révélation. La jungle est ici non pas en noir et blanc mais baignée d’un monochrome gris délavé jamais vu, où les seules tâches de couleurs (celles des maillots portés par les personnages) sont désaturées jusqu’à faire naître une mystérieuse nostalgie, comme si le film venait d’être redécouvert après avoir été longtemps abandonné dans la jungle. Seul un rouge sang, celui sur les mains des coupables et celui que les victimes fantasment de voir remplacer des rivières entières, vient percer par instants ces étonnants tableaux sortis d’une toute autre époque.
I Grew an Inch When My Father Died pourrait menacer de s’enfermer dans un dispositif formaliste si radical, mais P. R. Monencillo Patindol redresse la barre avec adresse. Sans qu’on le remarque tout de suite, les scènes du quotidien s’étalent sur une période de plus en plus longue et la relation entre les protagonistes évoluent. Sans que cela ait besoin d’être dit explicitement (ce n’est pas comme si le film regorgeait de dialogues de toute manière), Ge et Ricor se rapprochent, s’apprivoisent, se désirent sans doute. Sans jamais changer visuellement, le film se fait plus léger, change de visage à mesure qu’il offre un nouvel horizon à ses personnages qui parviennent à laisser derrière eux le code d’honneur toxique des fantômes paternels.
| Suivez Le Polyester sur Bluesky et Instagram ! |
par Gregory Coutaut
