Festival National du Film d’animation | Entretien avec Munkhkhuslen Bayarbat

Dans Stargazing Bus, Munkhkhuslen Bayarbat raconte un trajet de bus chaotique qui prend une tournure inattendue. A l’aide d’une animation au style aussi brut qu’expressif, la cinéaste manie d’habiles ruptures de ton entre humour et surréel. Stargazing Bus figure en compétition au Festival National du Film d’Animation à Rennes, et Munkhkhuslen Bayarbat est notre invitée.


Qu’est-ce qui a fait naître chez vous l’envie de raconter cette histoire de trajet de bus à la fois infernal et très quotidien ?

On passe une grande partie de notre temps dans les transports en commun, et il s’y passe plein de choses intéressantes et bizarres. Le fait que toutes sortes de personnes se rassemblent dans cet endroit étroit m’a toujours intéressée. Pourtant, on est souvent stressés et pressés dans les transports, et parfois on se comporte mal avec les autres. J’ai vu une photo d’un chauffeur qui pleure dans sa cabine et j’ai eu mon idée.

À travers le personnage du chauffeur, je voulais montrer que même des petites choses peuvent s’accumuler petit à petit et nous épuiser jusqu’au burn-out. Je veux aussi rappeler aux gens d’être gentils avec eux-mêmes, ceux qui sont à côté, un inconnu. De faire une pause et de regarder comment le bleu du ciel est beau, comment les étoiles brillent. Juste une simple chose comme cela peut nous faire ressentir la joie de vivre, mais c’est dommage que maintenant, ce soit devenu difficile dans notre vie moderne.



Pouvez-vous me parler de la technique d’animation que vous avez choisie pour ce récit en particulier ?

J’ai choisi de réaliser mon film en animation 2D numérique, qui m’a permis de travailler de manière plus flexible et efficace, parce que je devais le produire seule et dans un temps limité.

Il y a dans votre film un contraste fort entre le chaos sur Terre puis cette rupture onirique. Pouvez-vous me parler de cette rupture de ton ?

En effet, ce contraste était essentiel dans mon film. La première partie, tout se passe très rapidement, il y a beaucoup de gros plans serrés. Le design sonore était aussi très important pour exprimer la tension du chauffeur qui monte de plus en plus. Lorsque le bus s’envole, tous ces bruits sont remplacés par une valse. C’est un moment d’apaisement comme une respiration après le chaos.



En quoi l’humour constitue-t-il pour vous un bon outil pour dépeindre les relations humaines ?

Il permet de montrer des situations dans lesquelles on peut se reconnaître, même si elles sont parfois inconfortables. On les regarde de loin, on rigole puis on y réfléchit. De plus, je pense que l’humour permet de créer du lien entre les gens, et aussi de susciter de l’empathie pour les personnages. On rit des mêmes choses parce qu’on partage, au fond, des expériences similaires, des situations qu’on a déjà vécues. Cela nous rassure et crée un sentiment d’appartenance.



Qui sont vos cinéastes de prédilection et/ou qui vous inspirent ?

C’est toujours une question difficile, j’aime beaucoup de cinéastes qui font des choses très différentes. Par exemple, j’apprécie beaucoup les films d’animation de Masaaki Yuasa et les films de Hirokazu Kore-eda.

Pour Stargazing Bus, la fin de Tokyo Godfathers de Satoshi Kon m’a beaucoup inspirée. Plus spécifiquement, la scène où un petit miracle inexplicable sauve Hana et le bébé m’a donné l’idée de la fin de mon film. Et la série Crayon Shin-chan pour l’animation, dont le style est simple mais expressif.



Entretien réalisé par Nicolas Bardot le 8 avril 2026. Merci à Estelle Lacaud.

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