20 ans d’enregistrements personnels compilés en un voyage brut de Damas au Danemark, décrivant la lutte incessante d’une femme syrienne contre la violence, la trahison et son propre passé.
Little Sinner
Danemark, 2026
De Daro Hansen & Thomas Papapetros
Durée : 1h30
Sortie : –
Note : ![]()
TOUT EST CHAOS
Little Sinner, dévoilé en compétition au Festival CPH:DOX, s’ouvre par une échographie. Daro Hansen, co-réalisatrice du long métrage, est enceinte. Ce plan est à l’image du long métrage qui prend la forme d’un journal intime, étalé sur pratiquement 20 ans. Avec des moyens très limités, Daro Hansen (accompagnée de Thomas Papapetros) balaie une large période qui va d’événements personnels à des tragédies à grande échelle. Mais, comme Little Sinner l’illustre avec amertume, l’intime et le collectif ne font qu’un seul et même sujet – ce sont deux pièces qui s’imbriquent l’une dans l’autre.
Ainsi, il y a Daro elle-même, jeune étudiante en journalisme, insouciante auprès de son copain de l’époque, joyeuse lors de fêtes : autant d’images simplement capturées au téléphone portable. Il y a Daro mariée de force, battue, violée, abandonnée à son sort par sa famille. « Je n’aurais jamais imaginé que ma robe de mariée serait le cercueil de mon âme ». Et puis en 2011, il y a la guerre civile en Syrie. Little Sinner va de chaos personnel en chaos partagé, et c’est même un chaos qui poursuit la cinéaste lorsque celle-ci parvient à quitter la Syrie pour le Danemark.
« Y’a pas une famille syrienne qui est réunie aujourd’hui », affirme-t-on dans Little Sinner. Hansen à l’abri pourrait mener une vie paisible mais comment cela est-il envisageable lorsque les bombes s’abattent sur Damas ? « Cette tranquillité me fait suffoquer, j’ai besoin de chaos pour me retrouver ». Le documentaire traite du déracinement avec complexité : déplacée, Daro Hansen ressent toujours l’angoisse tandis que les siens sont confrontés à l’horreur. Là encore, le film déplace son objectif du personnel au collectif, comme quand Daro Hansen prend l’avion pour se tourner vers les autres. Les populations sont déplacées de Syrie au Liban puis du Liban en Grèce, on marche et on enterre tandis qu’un shame on you Europe est filmé, écrit contre un mur.
Little Sinner est décousu comme peut l’être un tel quotidien, et sa forme uniformément brute ne cherche pas à rendre le film aimable. C’est aussi l’atout d’un long métrage qui, dans sa quête d’honnêteté, ne peut être qu’inconfortable. Comme quand la protagoniste-réalisatrice s’interroge sur sa place dans la vie, comme quand elle confronte sa propre mère et l’interroge sur sa lâcheté. L’intransigeance de Daro Hansen, de son parcours et de ce film force le respect.
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par Nicolas Bardot
