Après 11 ans enfermée dans la maison familiale, Adelina s’enfuit de son village géorgien pour Vienne dans l’espoir de trouver la liberté d’être elle-même. Mais même en exil, les chaînes du passé se révèlent difficiles à briser.
A Song Without Home
Géorgie, 2026
De Rati Tsiteladze
Durée : 1h15
Sortie : –
Note : ![]()
OÙ EST LE CHEMIN DE LA MAISON
L’expérience d’Adelina peut d’abord ressembler à beaucoup d’expériences queer. La jeune femme se confie sur son enfance, sur les moments où elle trouvait le moyen de « s’habiller en fille », de se maquiller avec les affaires de maman, avant de recevoir une gifle de son père. Il y a aussi quelque chose d’un peu plus spécifique dans l’histoire d’Adelina, qui est trans et qui a été contrainte de rester confinée chez elle pendant des années. La maison et la vie entière ressemblent à une prison, mais les rues sont effrayantes à l’heure où les discours de violence et de haine patriarcales prolifèrent. A Song Without Home est, lui-même, illégal en Géorgie puisque le pays a emboité le pas réactionnaire de la Russie et de sa politique de haine homophobe interdisant les représentations LGBT.
Ce n’est pas déflorer un suspens que de dire que le documentaire, montré en compétition au Festival CPH:DOX, raconte la fuite d’Adelina vers Vienne. Des cieux a priori plus accueillants, mais ce chant sans maison dépeint ce qui poursuit son héroïne, même à des milliers de kilomètres de son village infernal en Géorgie. Marginale là-bas, Adelina reste marginale ici, soumise à la discrimination transphobe et mise socialement en danger. Le réalisateur Rati Tsiteladze raconte son quotidien sans fard, sans résolution réconfortante. C’est Adelina qui est venue le chercher pour ce projet, qui est dur mais ne ressemble pas à de l’exploitation. Il y a beaucoup d’empathie dans le regard ici partagé sur cette héroïne. « J’ai du pouvoir, je suis une personne forte » dit-elle : ce n’est pas de l’auto-persuasion mais de la lucidité.
Adelina ne rêve que de respirer librement tandis que la haine irrationnelle des masculinistes continue de la suivre en ligne. Elle ne s’éteint même pas dans sa Géorgie natale est c’est probablement la folie la plus glaçante dans le documentaire, qui fait également le portrait de sa mère, restée sur place. Celle-ci, parce qu’elle a soutenu sa fille, est mise au ban de la société, agressée par ses voisins, physiquement menacée par son mari. Cet enfer n’est pas que personnel : il est systémique, la haine patriarcale touche toutes les femmes qui n’obéissent pas à ses règles, et Adelina ne peut pas trouver la paix simplement en partant. « Crée ton propre monde » conseille-t-elle à une amie trans à Vienne, elle aussi en difficulté. Créer son propre monde permettrait de trouver un apaisement quand le nôtre est de plus en plus inhumain. Lorsque, dénudée, Adelina danse devant rien de moins que le Château de Schönbrunn, c’est tout un symbole : une revendication de son identité, de son corps, et de son droit à être là.
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par Nicolas Bardot
