Festival CPH:DOX | Critique : Arctic Link

Un coin reculé de l’Alaska est enfin connecté à Internet, mais qu’est-ce que cela signifie pour la population ?

Arctic Link
Suisse, 2026
De Ian Purnell

Durée : 1h22

Sortie : –

Note :

ON EST CYBER ET SI BIEN

Un bateau dans la nuit est observé comme une étrange créature au début d’Arctic Link. Dévoilé dans la compétition du Festival CPH:DOX, ce documentaire poursuit le geste en questionnant ce qui est familier, et ce qui ressemble à une étrangeté. Avoir un accès à internet ne semble pas être un énorme sujet en 2026 – c’est pourtant la nouveauté qui arrive dans un coin un peu paumé d’Alaska. Aux États-Unis donc, mais dans un lieu où l’on n’a, au 21e siècle, pratiquement pas internet. Il y a comme une anomalie exotique dans cette absence de connexion digne de ce nom ; une mère insiste d’ailleurs sur le fait qu’il n’y a pas d’endroit plus paisible que celui-ci. Pas de net pas de trolls pas de commentaires Facebook : voilà qui pourrait effectivement ressembler à une totale paix d’esprit.

Qu’est-ce qu’on attend d’internet, qu’est-ce qu’on attend de cette chose abstraite ? On suggère ici un outil qui adoucirait l’existence de celles et ceux souffrant le plus – et on n’ose les décevoir. On a en tout cas soif de promesse comme on a envie d’ailleurs. Lorsque la question « rêvez-vous de vivre ailleurs ? » est posée à des jeunes gens, c’est un chœur de oui qui se fait immédiatement entendre. Derrière l’arrivée d’internet, c’est la possibilité d’un accompagnement, la construction d’un pont dans l’un des endroits les plus isolés du monde. Exemple : ce protagoniste queer, ses songes, les liens qui peut-être se dessinent.

Mais internet n’arrive pas tout seul. Le Suisse Ian Purnell laisse une large place à ce qui se déroule sur le navire occupé par des Philippins qui travaillent sur les câbles bientôt enfouis dans la mer. Qu’y a-t-il de plus mystérieux que le fond de l’océan ? Ce qui semble complètement intégré au quotidien prend ici la forme d’une aventure sous-marine. C’est la machinerie d’un vaisseau, et c’est un impressionnant monde robot, sur lequel semble planer un voile d’inquiétude. Alors qu’on guette le miracle d’internet sur terre, pas de miracle en vue pour les ouvriers, mais un travail de longue haleine, loin de chez eux et comme seuls au monde.

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par Nicolas Bardot

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