Festival CPH:DOX | Critique : Something Familiar

En aidant une femme à chercher sa mère biologique, la réalisatrice est entraînée dans l’histoire de sa propre famille, découvrant un nuage sombre qui a longtemps pesé sur les femmes qui la composent.

Something Familiar
Roumanie/Royaume-Uni, 2026
De Rachel Taparjan

Durée : 1h30

Sortie : –

Note :

ARBRE GÉNÉALOGIQUE

« Pourquoi m’as-tu abandonnée ? » : la protagoniste de Something Familiar, qui est aussi la réalisatrice du film, s’y reprend fébrilement à trois fois pour formuler correctement sa question qui est aussi la première phrase du film. Rachel Taparjan met les pieds dans le plat, elle se confronte à sa mère (« je ne pense pas que tu saches de quoi tu parles » lui rétorque cette dernière), l’échange pourrait être violent mais la lumière est douce. Finalement, au détour d’une réplique qu’on ne dévoilera pas, le dispositif se dévoile, ce qu’on voit n’est pas exactement ce qu’on croit voir.

Mais Rachel Taparjan est bel et bien à la recherche de sa mère, et plus largement de ses origines. Dans ce premier long métrage montré en compétition au Festival CPH:DOX, Taparjan raconte sa propre histoire, celle d’une orpheline née en Roumanie, adoptée par un couple d’Anglais lui-même endeuillé par la perte de sa fille. D’où vient-on ? C’est la question simple et vertigineuse qui est posée dès le début de Something Familiar. Taparjan accompagne une autre jeune femme, abandonnée elle aussi enfant en Roumanie – ce qui lui sert presque de prétexte pour son propre voyage. D’où vient Rachel ? D’Angleterre. De Roumanie. De l’orphelinat, mais aussi de cette pièce qu’on montre sur un plan. De sa mère. Puis on reprend le chemin : qui était-elle, cette mère aujourd’hui morte ?

Taparjan examine avec attention la façon dont l’histoire familiale circule. De Rachel à sa mère, de Rachel à son frère, à une sœur retrouvée. L’expérience de l’un ou de l’autre vient éclairer sa propre histoire, sa propre identité. Au fil de cette enquête, la réalisatrice évoque les récits que l’on crée pour soi lorsqu’on reste dans l’ignorance, des récits qui peuvent être traumatisants mais qui ne sont parfois que des projections. Les réponses sont difficiles à trouver : là il reste finalement des photos, ici il y a une vieille connaissance. Les noms peuvent s’effacer des sépultures. Dans Something Familiar, les réponses peuvent se trouver dans les faits, mais aussi dans la fiction.

Ainsi, la cinéaste met en place un lieu où elle converse avec ses différentes mères : différentes mères, oui, car des femmes jouant le rôle de sa mère tentent de répondre à ses questions. Ces pièces de puzzle venant de boites différentes sont aussi une manière de composer une image complète. Auprès de la famille qu’elle retrouve par bouts, Rachel Taparjan retrace sa propre histoire. Mais un voile de trouble recouvre cet arbre généalogique cassé lorsque les traumas et blessures ont été partagés, sans se connaître. Taparjan se retrouve à étreindre sa nouvelle sœur ; ce qu’a porté sa mère conserve des parts d’ombres, et l’on sent qu’on peut encore et encore remonter cette quête sensible des origines familiales et de ce qu’y s’y transmet.

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par Nicolas Bardot

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