Festival CPH:DOX | Critique : Mariinka

Dans l’est de l’Ukraine, portraits de plusieurs jeunes Ukrainiennes et Ukrainiens dont la vie est marquée par plus de dix ans de guerre et de conflits dans la région du Donbass.

Mariinka
Belgique, 2026
De Pieter-Jan de Pue

Durée : 1h35

Sortie : –

Note :

DES GRAINS DE SABLE DANS LE CHAOS

Remarqué notamment avec son documentaire The Land of the Enlightened qui fut sélectionné à Sundance et à Rotterdam, le Belge Pieter-Jan De Pue a filmé Mariinka sur une période de dix ans. Dix ans, de la guerre du Donbass au conflit à grande échelle en Ukraine de nos jours. Dix longues années durant lesquelles ses protagonistes ont largement eu le temps de grandir, de survivre, de disparaître. Mariinka est une ville qui se situe tout à l’est du pays, et c’est aussi un symbole : la ville est considérée comme rasée depuis 2023.

Mariinka est éclaté en différents points de vue : une jeune soignante au front, deux frères qui se sont retrouvés respectivement à combattre pour l’Ukraine et pour la Russie, ou encore leur autre frère adopté qui vit désormais au cœur des États-Unis. Pieter-Jan De Pue va de l’un.e à l’autre avec énergie et cette urgence semble régir le quotidien : l’urgence du combat, ou des blessés à soigner. Cette course est impressionnante et elle est aussi désespérée : on a le sentiment que s’arrêter c’est mourir. Mais après quoi court-on ? Mariinka pointe l’absurdité arbitraire de la guerre, notamment avec l’histoire improbable de ces trois frères séparés. L’Américain du Mississipi, « rescapé », converse en vidéo avec un frère soldat ; celui-ci est dans la gadoue d’une tranchée.

Dans la terre ou tout simplement sur la terre, on trouve une main, une langue, des corps. Comment s’habituer à ces découvertes sordides ? Les dix années passées à filmer, ces dix ans de vies avalées, donnent l’occasion à Pieter-Jan De Pue de dépeindre ses interlocuteurs et interlocutrices songeant au passé évanoui. Hier une ado qui ne comprenait pas, aujourd’hui en tenue de soldate. Là l’ancienne maison, les médailles de boxe enfouies, une robe de bal qui ressemble à une vraie tenue de princesse. Les images d’archives surgissent comme des réminiscences. La jeune femme s’assoit dans une salle dévastée et elle se souvient : c’est là, en 2018, qu’elle a reçu son diplôme. Une autre vie.

Dévoilé en ouverture et en compétition au Festival CPH:DOX, Mariinka raconte la résilience mais aussi l’épuisement. « Je suis si fatiguée » confie l’une, « je n’ai vu que la douleur dans ma vie » se lamente l’autre. A quoi bon naître ? Et pourtant on marche, on survit, on respire, comme cette jeune femme qui ramasse du bois sur un terrain possiblement miné. « Ne rentre pas dans l’armée », sermonne le grand frère à son lointain frangin. Mariinka fait le portrait poignant, au fil de cette guerre qui dure, de personnages qui sont autant de « grains de sables dans le chaos ».

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par Nicolas Bardot

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